Actualité

Lundi 4 Novembre 2019 à 10:30

L’Agence Fides (organe d’information des Œuvres pontificales missionnaires) nous propose quelques extraits du nouveau livre-entretien entre le pape François et Gianni Valente (de Fides) intitulé Sans lui nous ne pouvons rien faire : Être missionnaires aujourd'hui dans le monde.

L’ouvrage, dont la sortie en librairie est le 5 novembre, est édité en italien par la Libreria Editrice Vaticana (LEV) et les éditions San Paolo (il sera publié en français chez Bayard, en France).

Extraits du livre :

Vous avez raconté que, dans votre jeunesse, vous vouliez partir en mission au Japon. Peut-on dire que le Pape est un missionnaire manqué ?

Je ne le suis pas. Je suis entré chez les Jésuites parce que leur vocation missionnaire me frappait, le fait qu'ils aillent toujours vers les frontières. Alors, je n'ai pas pu aller au Japon mais j'ai toujours ressenti le fait qu'annoncer Jésus et son Évangile comporte toujours l’action de sortir et de se mettre en chemin.

Vous répétez toujours « Église en sortie ». L'expression est beaucoup reprise et, parfois, elle semble devenir un slogan plutôt abusé, à disposition de ceux qui, toujours plus nombreux, passent leur temps à donner des leçons à l'Église sur la manière dont elle devrait ou ne devrait pas être.

“Église en sortie” n'est pas une expression à la mode que j'ai inventée. Elle est le commandement de Jésus qui, dans l'évangile selon Saint Marc, demande aux siens d'aller dans le monde entier et de prêcher l'Évangile «à toute créature». L'Église, ou elle est en sortie ou ce n'est pas l'Église. Ou bien elle est en annonce ou bien elle n'est pas l'Église. Si l'Église ne sort pas elle se corrompt, elle se dénature. Elle devient une autre chose.

Que devient une Église qui n'annonce pas ou ne sort pas ?

Elle devient une association spirituelle, une multinationale visant à lancer des initiatives et des messages à contenu éthique et religieux. Rien de mal à cela mais ce n'est pas l'Église. C'est un risque que court toute organisation statique à l'intérieur de l'Église. On finit par domestiquer le Christ. Tu ne rends plus témoignage des œuvres du Christ mais tu parles au nom d'une certaine idée du Christ, une idée que tu possèdes et que tu domestiques. Tu organises les choses à ton gré, tu deviens le petit imprésario de la vie ecclésiale où tout a lieu selon le programme établi et c'est-à-dire seulement selon les instructions. Mais la rencontre avec le Christ n’a plus lieu. La rencontre qui t'avait touché le cœur au début ne se produit plus.

La mission est-elle en soi un antidote à tout cela? La volonté et l'effort de "sortir" en mission suffisent-ils pour éviter ces distorsions ?

La mission, "l'Église en sortie", ce n’est pas un programme, une intention à réaliser à travers un effort de volonté. C'est le Christ qui fait sortir l'Église d'elle-même. Dans le cadre de la mission d'annonce de l'Évangile, tu te mets en marche parce que l'Esprit Saint te pousse et te porte. Lorsque tu arrives, tu t'aperçois qu’Il est arrivé avant toi et qu'Il t'attend. L'Esprit du Seigneur est arrivé avant. Il prévient, y compris pour te préparer la route, et Il est déjà à l'œuvre.

Dans une rencontre avec les Œuvres pontificales missionnaires, vous avez suggéré de lire les Actes des Apôtresen tant que texte habituel de prière, le récit des origines, et non pas un manuel de stratégie missionnaire « moderne ». Pour quelle raison ?

Le protagoniste des Actes des Apôtres, ce ne sont pas les Apôtres. Le protagoniste, c’est l'Esprit Saint. Les Apôtres sont les premiers à le reconnaitre et à l’attester. Lorsqu'ils communiquent aux frères d'Antioche les indications issues du Concile de Jérusalem, ils écrivent : « Nous avons décidé, l'Esprit Saint et nous. » Ils reconnaissaient avec réalisme, en fait, que c'était le Seigneur qui ajoutait chaque jour à la communauté « ceux qui étaient sauvés » et non pas les efforts de persuasion des hommes.

Mais maintenant, est-ce comme autrefois ? Rien n'a changé ?

L'expérience des Apôtres est comme un paradigme qui est toujours valable. Il suffit de penser à la manière dont les choses adviennent gratuitement, sans excès, dans les Actes des Apôtres. Il s'agit d'une histoire d'hommes dans laquelle les disciples arrivent toujours au deuxième rang, toujours après l'Esprit Saint qui agit. C'est lui qui prépare et travaille les cœurs. Il chamboule leurs plans. C'est lui qui les accompagne, les guide et les console dans toutes les circonstances qu'ils sont amenés à vivre. Lorsqu’arrivent les problèmes et les persécutions, l'Esprit Saint travaille également, de manière encore plus surprenante, à travers son réconfort, ses consolations, comme c'est le cas après le premier martyre, celui de saint Étienne.

Que se passe-t-il ?

Un temps de persécutions commence et de nombreux disciples fuient Jérusalem, se rendant en Judée et en Samarie. Là, alors qu'ils sont dispersés et en fuite, ils commencent à annoncer l'Évangile même s'ils sont seuls et si les Apôtres ne sont pas avec eux, puisque ces derniers sont restés à Jérusalem. Ils sont baptisés et l'Esprit Saint leur donne le courage apostolique. C’est là que l’on voit pour la première fois que le baptême est suffisant pour devenir annonciateurs de l'Évangile. La mission c’est cela. La mission, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint. Inutile de s'agiter, rien ne sert de nous organiser ou de hurler. Les trouvailles ou les stratagèmes sont inutiles. Il suffit de demander de pouvoir refaire aujourd'hui l'expérience qui t'amène à dire « nous avons décidé, l'Esprit Saint et nous ».

Et en l'absence de cette expérience, quel sens ont les appels à la mobilisation missionnaire?

Sans l'Esprit Saint, vouloir faire la mission devient une autre chose. Cela devient, je dirais, un projet de conquête, la prétention d'une conquête que nous réalisons nous-mêmes, une conquête religieuse ou peut-être idéologique, faite probablement de bonnes intentions mais c'est une autre chose.

En citant le pape Benoît XVI, vous répétez souvent que l'Église grandit par attraction. Que voulez-vous dire ? Qui attire-t-elle ? Qui est attiré ?

Jésus le dit dans l'évangile selon Saint Jean : « Une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi » et dans le même évangile, il déclare également : « Personne ne vient à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire ». L'Église a toujours reconnu que c'est là la forme propre de tout mouvement qui rapproche de Jésus et de l'Évangile. Il ne s'agit pas d'une conviction, d'un raisonnement, d'une prise de conscience. Ce n'est pas une pression ou une contrainte. Il s'agit toujours d'une attraction. Le prophète Jérémie indiquait déjà : « Tu m'as séduit et je me suis laissé séduire ».

Ceci vaut pour les Apôtres, pour les missionnaires, et pour leur action.

De quelle manière a lieu ce que vous venez de décrire ?

Le mandat du Seigneur demandant de sortir pour annoncer l'Évangile presse de l’intérieur, par amour, par attraction amoureuse. On ne suit pas le Christ et on devient encore moins Ses annonciateurs ou les annonciateurs de son Évangile sur la base d'une décision prise de manière rationnelle, à cause d'un activisme auto-induit. L'élan missionnaire lui aussi peut être fécond uniquement dans la mesure où il a lieu sous l’influence de cette attraction et la transmet aux autres.

Quelle est la signification de ces mots par rapport à la mission et à l’annonce de l’Évangile ?

Cela veut dire que si tu es attiré par le Christ, si tu te mets en route et que tu fais les choses parce que tu es attiré par le Christ, les autres s’en apercevront sans effort. Il n’est pas nécessaire de le démontrer et encore moins de l’afficher. En revanche, ceux qui pensent être protagonistes ou imprésario de la mission, malgré toutes leurs bonnes intentions et leurs déclarations d’intention, finissent souvent par n’attirer personne.

Dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, vous reconnaissez que toute cela peut « nous procurer un certain vertige » comme celui de qui s’immerge dans une mer où il ne sait pas ce qu’il rencontrera. Que vouliez-vous suggérer par cette image ? Ces paroles concernent-elles aussi la mission ?

La mission n’est pas un projet entrepreneurial bien huilé. Elle n’est pas même un spectacle organisé pour compter combien de personnes y participent grâce à notre propagande. L’Esprit Saint œuvre comme Il le souhaite, quand Il le souhaite et où Il le souhaite. Et ceci peut causer une forme de vertige. Pourtant le vertige de la liberté repose justement dans le fait de se laisser porter par l’Esprit, en renonçant à calculer et à tout contrôler. C’est justement en cela que nous imitons le Christ lui-même, qui, dans le mystère de sa résurrection, a appris à reposer dans la tendresse des bras du Père.

La fécondité mystérieuse de la mission ne passe pas par nos intentions, nos méthodes, nos élans et nos initiatives. Elle repose précisément sur ce vertige : le vertige que l’on ressent face aux paroles de Jésus lorsqu’Il dit : « Sans moi vous ne pouvez rien faire ».

Vous aimez répéter aussi que l’Église grandit « par témoignage ». Quelle suggestion cherchez-vous à adresser à travers cette insistance ?

Le fait que l’attraction se fait témoignage en nous. Le témoin atteste ce que l’œuvre du Christ et de Son Esprit ont accompli réellement dans sa vie. Après la Résurrection, c’est le Christ lui-même qui se rend visible aux Apôtres. C’est lui qui fait d’eux des témoins. Le témoignage, non plus, n’est pas une prestation qui nous appartient. On est témoin des œuvres du Seigneur.

Vous répétez souvent une autre chose, dans ce cas de façon  négative : « L’Église ne grandit pas par prosélytisme et la mission de l’Église n’est pas prosélytisme. » Pourquoi tant d’insistance ? Est-ce pour protéger les bons rapports avec les autres Églises et le dialogue avec les traditions religieuses ?

Le problème avec le prosélytisme n’est pas seulement le fait qu’il contredit le chemin œcuménique et le dialogue interreligieux. Il y a prosélytisme partout où existe l’idée de faire grandir l’Église en se passant de l’attraction du Christ et de l’œuvre de l’Esprit, en comptant exclusivement sur un quelconque "discours savant". Donc, en premier lieu, le prosélytisme exclut le Christ lui-même de la mission, tout autant que l’Esprit Saint lorsqu’il prétend parler et agir au nom du Christ de manière nominaliste. Le prosélytisme est toujours violent par nature même lorsqu’il dissimule ou exerce cette violence avec des gants. Il ne supporte ni la liberté ni la gratuité avec laquelle la foi peut se transmettre par grâce, d’une personne à une autre. C’est pour cela que le prosélytisme n’est pas seulement relatif au passé, au temps de l’antique colonialisme ou des conversions forcées ou achetées par la promesse d’avantages matériels. Le prosélytisme peut exister aujourd’hui aussi, jusque dans les paroisses, les communautés, les mouvements, les congrégations religieuses.

Alors que veut dire annoncer l’Évangile ?

L’annonce de l’Évangile veut dire remettre en paroles sobres et précises le témoignage même du Christ, comme le firent les Apôtres. Il n’est pas nécessaire d’inventer des discours persuasifs. L’annonce de l’Évangile peut également être susurrée mais elle passe toujours par la force bouleversante du scandale de la Croix et elle suit depuis toujours la voie indiquée dans la Lettre de Saint Pierre Apôtre, qui consiste dans le simple fait de « donner raison » aux autres de sa propre espérance, une espérance qui demeure scandale et folie aux yeux du monde.

A quoi reconnaît-on le "missionnaire" chrétien ?

Une caractéristique distinctive est qu’il sert de facilitateur et non pas de contrôleur de la foi. Faciliter, rendre facile, et non pas mettre des obstacles au désir de Jésus d’embrasser tout un chacun, de guérir tout un chacun, de sauver tout un chacun. Ne pas faire de sélections, ne pas établir de "douanes pastorales". Ne pas se comporter comme ceux qui se mettent sur le pas de la porte pour contrôler si les autres ont bien les prérequis pour entrer. Je me souviens des curés et des communautés qui, à Buenos Aires, avaient mis sur pied de nombreuses initiatives pour rendre plus facile l’accès au baptême. Ils s’étaient aperçus qu’au cours des dernières années, le nombre de ceux qui n’étaient pas baptisés pour de nombreux motifs, y compris sociologiques, croissait. Ils voulaient rappeler à tous qu’être baptisés est une chose simple, que tous peuvent demander le baptême pour eux-mêmes et pour leurs enfants. La route entreprise par ces curés et ces communautés était une et une seule : ne pas ajouter de poids, ne pas prétendre, ôter toute difficulté à caractère culturel, psychologique ou pratique qui pourrait pousser les personnes à reporter ou à abandonner leur intention de baptiser leurs enfants.

En Amérique, au début de l’Évangélisation, les missionnaires discutaient sur ceux qui étaient "dignes" de recevoir le baptême. Comment finirent ces disputes ?

Le pape Paul III rejeta les théories de ceux qui soutenaient que les indiens étaient par nature « incapables » d’accueillir l’Évangile et confirma le choix de ceux qui facilitaient leur baptême. Cela pourrait sembler appartenir au passé et pourtant aujourd’hui encore, il existe des cercles et des secteurs qui se présentent comme « ilustrados », des illuminés qui séquestrent également l’annonce de l’Évangile dans leurs logiques tortueuses qui divisent le monde entre "civilisation" et "barbarie". L’idée que le Seigneur ait parmi ses préférés aussi tant de « cabecitas negras » les irrite. Cela les met de mauvaise humeur. Ils considèrent une bonne partie de la famille humaine comme s’il s’agissait d’une entité de classe inférieure, inadaptée à atteindre, selon leurs critères, des niveaux décents de vie spirituelle et intellectuelle. Sur cette base, un mépris pour les peuples considérés de second niveau peut se développer. Tout cela a également émergé à l’occasion du Synode des évêques sur l’Amazonie.

Certains tendent à opposer dialectiquement l’annonce claire de la foi et les œuvres sociales, déclarant qu’il ne faut pas réduire la mission au soutien des œuvres sociales. Est-ce une préoccupation légitime ?

Tout ce qui est compris dans l’horizon des Béatitudes et des œuvres de miséricorde est en accord avec la mission. C’est déjà une annonce. C’est déjà la mission. L’Église n’est pas une ONG, c’est autre chose. Cependant, l’Église est également un hôpital de campagne, où tous sont accueillis, comme ils sont, et où sont soignées les blessures de tous. Ceci fait partie de sa mission. Tout dépend de l’amour qui fait battre le cœur de celui qui agit. Si un missionnaire aide à creuser un puit au Mozambique, parce qu’il s’est aperçu que cela est utile à ceux qu’il baptise et auxquels il prêche l’Évangile, comment peut-on dire que cette œuvre est séparée de l’annonce ?

Quelles sont aujourd’hui les nouvelles attentions et sensibilités à exercer dans le cadre des processus visant à rendre féconde l’annonce de l’Évangile dans les différents contextes sociaux et culturels ?

Le christianisme ne dispose pas d’un modèle culturel unique. Ainsi que l’a reconnu saint Jean-Paul II, « en demeurant pleinement lui-même, dans la fidélité totale à l’annonce évangélique et à la tradition ecclésiale, le christianisme portera également le visage des nombreuses cultures et des nombreux peuples au sein desquels il est accueilli et s’enracine ». L’Esprit Saint embellit l’Église, à travers des nouvelles expressions des personnes et des communautés qui embrassent l’Évangile. Ainsi l’Église, en prenant sur elle les valeurs des différentes cultures, devient « sponsa ornata monilibus suis », l’épouse ornée de ses joyaux dont parle le prophète Isaïe. Il est vrai que certaines cultures ont été étroitement liées à la prédication de l’Évangile et au développement d’une pensée chrétienne mais, à l’époque où nous vivons, il devient plus urgent encore de tenir compte du fait que le message révélé ne s’identifie avec aucune culture. Et, dans la rencontre avec de nouvelles cultures, ou avec des cultures qui n’ont pas accueilli la prédication chrétienne, il ne faut pas essayer d’imposer une forme culturelle déterminée par la proposition évangélique. Aujourd’hui, y compris dans l’œuvre missionnaire, il convient de ne pas se charger de lourds bagages.

Mission et martyre. Vous avez rappelé souvent le lien intime qui relie ces deux expériences.

Dans la vie chrétienne, l’expérience du martyre et la proclamation de l’Évangile à tous ont la même origine, la même source, lorsque l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint donne force, courage et consolation. Le martyre est la plus haute expression de la reconnaissance et du témoignage rendu au Christ, qui représentent l’accomplissement de la mission, de l’œuvre apostolique. Je pense toujours aux frères coptes trucidés en Libye qui prononçaient à mi-voix le nom de Jésus pendant qu’ils étaient décapités. Je pense aux religieuses de sainte Mère Teresa tuées au Yémen alors qu’elles prenaient soin de patients musulmans dans une résidence pour personnes âgées handicapées. Lorsqu’elles ont été tuées, elles portaient des tabliers de travail par-dessus leur habit religieux. Ce sont tous des vainqueurs, pas des "victimes", et leur martyre, jusqu’à l’effusion du sang, illumine le martyre que tous peuvent endurer dans la vie de chaque jour, avec le témoignage rendu quotidiennement au Christ. C’est ce que l’on peut voir, lorsqu’on va visiter les maisons de retraite des missionnaires âgés, souvent éprouvés par la vie qu’ils ont menée. Un missionnaire m’a déclaré que nombre d’entre eux perdent la mémoire et ne se souviennent plus du tout du bien qu’ils ont fait. « Mais cela n’a pas d’importance – me disait-il – car le Seigneur, en revanche, s’en rappelle très bien ». 

 

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Vendredi 25 Octobre 2019 à 10:29

Je voudrais recueillir trois mots dans les lectures que nous avons entendues : un nom, un verbe et un adjectif. Le nom est la montagne : Isaïe en parle lorsqu’il prophétise une montagne du Seigneur, plus haute que les collines, vers laquelle toutes les nations afflueront (cf. Is 2,2). La montagne revient dans l’Evangile, puisque Jésus, après sa résurrection, indique aux disciples, comme lieu de rencontre, une montagne de Galilée, cette Galilée habitée par de nombreux peuples différents, la « Galilée des nations » (cf. Mt 4, 15). Il semble, finalement, que la montagne soit le lieu où Dieu aime donner rendez-vous à l’humanité entière. Elle est le lieu de la rencontre avec nous, comme le montre la Bible, du Sinaï au Carmel jusqu’à Jésus qui a proclamé les Béatitudes sur la montagne, qui s’est transfiguré sur le mont Thabor, qui a donné sa vie sur le Calvaire et qui est monté aux cieux du Mont des Oliviers. La montagne, lieu des grandes rencontres entre Dieu et l’homme, c’est aussi l’endroit où Jésus reste des heures et des heures en prière (cf. Mc 6, 46), unissant la terre et le ciel, nous, ses frères, au Père.

La montagne, que dit-elle, à nous ? Que nous sommes appelés à nous approcher de Dieu et des autres : de Dieu, le Très Haut, dans le silence, dans la prière, en prenant distance des bavardages et des commérages qui polluent. Mais approcher aussi des autres, que l’on voit d’un autre point de vue, de la montagne, le point de vue de Dieu qui appelle tous les peuples : de haut, les autres sont vus dans leur ensemble, et l’on découvre que l’harmonie de la beauté est donnée seulement à tout l’ensemble. La montagne nous rappelle que les frères et les sœurs ne doivent pas être sélectionnés mais embrassés, avec le regard et surtout avec la vie. La montagne lie Dieu et les frères dans un unique embrassement, celui de la prière. La montagne nous conduit en haut, loin de tant de choses matérielles qui passent ; elle nous invite à redécouvrir l’essentiel, c’est à dire ce qui demeure : Dieu et les frères. La mission commence sur la montagne : on y découvre ce qui compte. Au cœur de ce mois missionnaire, demandons-nous : qu’est-ce qui compte pour moi dans la vie ? Quels sont les sommets que je vise ?

Un verbe accompagne le nom montagne : monter. Isaïe nous exhorte : « Venez, montons à la montagne du Seigneur » (2, 3). Nous ne sommes pas nés pour rester à terre, pour nous contenter de choses basses, nous sommes nés pour rejoindre les hauteurs, pour rencontrer Dieu et les frères. Mais, pour cela, il faut monter : il faut quitter une vie horizontale, lutter contre la force de gravité de l’égoïsme, accomplir un exode de soi-même. Or monter est fatiguant, mais c’est l’unique moyen pour tout voir mieux, comme lorsqu’on va en montagne et que l’on aperçoit, seulement au sommet, le plus beau panorama et que l’on comprend qu’on ne pouvait pas le conquérir sinon par ce chemin toujours en montée.

Et, de même qu’en montagne on ne peut pas bien monter si l’on est alourdi par des affaires, de même, dans la vie, il faut s’alléger de ce qui est inutile. C’est aussi le secret de la mission : pour partir il faut quitter, pour annoncer il faut renoncer. L’annonce crédible n’est pas faite de belles paroles, mais d’une bonne vie : une vie de service, qui sait renoncer à beaucoup de choses matérielles qui rétrécissent le cœur, qui rendent indifférents et referment en soi-même ; une vie qui se détache des choses inutiles qui monopolisent le cœur, et qui trouve du temps pour Dieu et pour les autres. Nous pouvons nous demander : où en est mon ascension ? Est-ce que je sais renoncer aux lourds et inutiles bagages de la mondanité pour gravir la montagne du Seigneur ? Ma route est-elle une montée, une escalade ? 

Si la montagne nous rappelle ce qui compte – Dieu et les frères -, et le verbe monter comment y arriver, un troisième mot résonne aujourd’hui plus fortement. C’est l’adjectif tous, qui domine dans les lectures : « toutes les nations », disait Isaïe (2, 2) ; « tous les peuples », avons-nous répété dans le Psaume ; Dieu veut que « tous les hommes soient sauvés », écrit Paul (1Tm 2, 4) ; « De toutes les nations faites des disciples », demande Jésus dans l’Evangile (Mt 28, 19). Le Seigneur s’obstine à répéter ce tous. Il sait que nous, nous sommes obstinés à répéter “mon” et “notre” : mes affaires, notre nation, notre communauté…, et lui, il ne se lasse pas de répéter : “tous”. Tous, parce que personne n’est exclu de son cœur, de son salut ; tous, pour que notre cœur aille au-delà des douanes humaines, au-delà des particularismes fondés sur les égoïsmes qui ne plaisent pas à Dieu. Tous, parce que chacun est un trésor précieux, et le sens de la vie c’est de donner aux autres ce trésor. Voilà la mission : gravir la montagne afin de prier pour tous, et descendre de la montagne afin de se donner à tous.

Monter et descendre : le chrétien est ainsi toujours en mouvement, en sortie. Allez est en effet l’impératif de Jésus dans l’Evangile. Tous les jours, nous croisons beaucoup de personnes, mais – nous pouvons nous demander – est-ce que nous allons à la rencontre de ces personnes que nous rencontrons ? Faisons-nous nôtre l’invitation de Jésus, ou bien nous en tenons-nous à nos affaires ? Tous attendent quelque chose des autres, mais le chrétien va vers les autres. Le témoin de Jésus n’est jamais en crédit de reconnaissance de la part des autres, mais en débit d’amour envers celui qui ne connaît pas le Seigneur. Le témoin de Jésus va à la rencontre de chacun, pas seulement des siens, de son petit groupe. Jésus te dit à toi aussi : “Va, ne perds pas l’occasion de témoigner !”. Frère, sœur, le Seigneur attend de toi ce témoignage que personne ne peut donner à ta place. « Puisses-tu reconnaître quelle est cette parole, ce message de Jésus que Dieu veut délivrer au monde par ta vie ! […] ainsi ta belle mission ne sera pas compromise » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 24).

Quelles instructions le Seigneur nous donne-t-il pour aller vers tous les autres ? Une seule, très simple : faites des disciples. Mais, attention : des disciples à lui, pas à nous. L’Eglise annonce bien seulement si elle vit en disciple. Et le disciple suit tous les jours le Maître, et il partage avec les autres la joie d’être disciple. Non pas en conquérant, en obligeant, en faisant du prosélytisme, mais en témoignant, en se mettant au même niveau, disciple avec des disciples, en offrant avec amour cet amour que nous avons reçu. C’est cela la mission : donner de l’air pur, de haute altitude, à celui qui vit plongé dans la pollution du monde ; porter à la terre cette paix qui nous remplit de joie chaque fois que nous rencontrons Jésus sur la montagne, dans la prière ; montrer par la vie, et aussi avec des mots, que Dieu aime chacun et ne se fatigue jamais de personne.

Chers frères et sœurs, chacun de nous a, chacun de nous « est une mission sur cette terre » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 273). Nous sommes ici pour témoigner, bénir, consoler, relever, transmettre la beauté de Jésus. Courage, il attend beaucoup de toi ! Le Seigneur éprouve une sorte d’angoisse pour ceux qui ne savent pas encore qu’ils sont des enfants aimés du Père, des frères pour lesquels il a donné sa vie et l’Esprit Saint. Veux-tu apaiser l’angoisse de Jésus ? Va avec amour vers chacun, parce que ta vie est une mission précieuse : elle n’est pas un poids à supporter, mais un don à offrir. Courage, sans peur : allons vers chacun !

Source: Libreria Editrice Vaticana

Crédit photo: Vatican News

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Mercredi 25 Septembre 2019 à 10:10
Les participants au Conseil national des OPM accompagnés du président des OPM (au centre)

Cette année, les OPM au Canada francophone ont commencé leur Conseil national annuel avec un invité d’exception. En effet, c’est le président même des Œuvres pontificales missionnaires, Mgr. Giampietro Dal Toso, qui était présent alors qu’il visitait le Canada – une visite sans précédent dans l’histoire des Œuvres au pays.

Il est venu rencontrer les directrices et directeurs diocésains des OPM des diocèses francophones du Canada, visiblement touchés par la visite du président. Ce dernier les a invités à être d’authentiques témoins de leur foi. « L’Évangélisation commence par votre témoignage de foi, par votre présence auprès des autres, a-t-il lancé. Il n’y a pas de mission sans la Foi, tout comme il n’y a pas de foi sans la Mission ».

Mgr. Dal Toso qui est responsable des directions nationales des OPM de quelque 120 pays dans le monde, a aussi invité à considérer le fait que la prière, l’animation missionnaire, et le partage des dons dans chaque diocèse doit toujours se faire en gardant de vue le lien qui les unis avec l’Église universelle.

Enfin, le président des OPM a lancé comme défi aux membres, de trouver des moyens nouveaux et adaptés à notre époque afin de faire connaître le travail et la raison d’être des Œuvres pontificales missionnaires.

« Quand le Saint-Père m’a donné mon mandat, il m’a dit de faire preuve de créativité, a-t-il dit. Je vous le dis à mon tour et vous invite donc à être créatifs dans tout ce que vous faites. »

 

Sur la photo: Le président des OPM (au centre) avec les participants au Conseil national des OPM au Canada francophone.

Photo: OPM Canada/José I. Sierra 

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Jeudi 12 Septembre 2019 à 16:48
Mgr Giampietro Dal Toso

Le président des Œuvres pontificales missionnaires sera de visite au Canada en fin de septembre. En effet, Mgr Giampietro Dal Toso participera à l’Assemblée plénière 2019 de la CÉCC (Conférence des évêques catholiques du Canada) le 23 septembre où il donnera l’allocution principale à tous les évêques du Canada, tel qu’annoncé dans le site Web de la CÉCC.

 

Mgr Dal Toso parlera aux évêques du Canada, entre autres, du prochain Mois missionnaire extraordinaire (octobre 2019) et de son thème « Baptisés et envoyés : l'Église du Christ en mission dans le monde », rapporte le site.

 

Cette année, l’Assemblée plénière annuelle des évêques aura lieu à Cornwall, en Ontario, du 23 au 27 septembre 2019. L'Assemblée plénière rassemble environ 90 évêques de tout le Canada.Environ 20 observateurs, observatrices et invités de plusieurs organismes nationaux catholiques et d'autres Églises, ainsi que des représentantes et représentants accrédités des médias, seront présents pendant la première journée et demie de l'Assemblée plénière, annonce-t-on.

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