Actualité

Jeudi 14 Mai 2020 à 17:56

Ensemble, solidaires dans la prière 

Lettre du père Yoland Ouellet, o.m.i.

Directeur national des Œuvres pontificales missionnaires - Canada francophone

 

Cette pandémie sans précédent, qui bouleverse nos sociétés, a mystérieusement uni l’humanité dans la conscience de ses limites et de sa vulnérabilité. C’est dans ce contexte très particulier que résonne l’appel à une journée mondiale de prière le 14 mai prochain, lancé par le Haut Comité pour la Fraternité Humaine et relayé par le pape François ainsi que des représentants de plusieurs religions et organisations. À titre de responsable d’œuvres qui appellent notamment les catholiques à porter le monde dans la prière, cela m’amène à pousser davantage la réflexion.

Cette initiative demande avant tout une écoute des multiples souffrances engendrées par la pandémie. D’abord des millions de gens malades à travers le monde, dont de nombreux déjà aux prises avec des difficultés, avec ou sans soins médicaux adéquats. Mais aussi des millions de gens sans travail et sans trop d’espoir d’en retrouver un au retour du confinement. Tout cela sans oublier les autres grands maux de notre famille humaine, notamment la souffrance des migrants et des réfugiés, des peuples en conflits et des millions de personnes affamées.

Il serait alors bon de se questionner avant de prier tous ensemble. Que demander humblement au Créateur pour notre Terre qui est aujourd’hui si mal en point? Que veut-on sauver finalement? Une société qui avantage plus souvent les riches et les puissants de ce monde plutôt que les plus pauvres et les plus faibles? Une économie qui ne cesse de pousser vers une surconsommation et une exploitation sans limite de nos ressources? Que demanderons-nous au Dieu des Vivants?

Cette pandémie a le mérite de nous faire réaliser à quel point nous sommes tous interdépendants et fragiles. Nous apprenons dans le confinement combien vivre ensemble, au contact des autres, nous est vital et essentiel. 

Et c’est bien ce à quoi le pape François nous interpelle : apprendre le vivre-ensemble, exercer la solidarité, l’entraide, la fraternité inconditionnelles. Cette crise sera-t-elle l’occasion de nous faire avancer dans cette voie vers un monde meilleur? Pour cela, ne faudrait-il pas, alors, davantage prendre conscience de nos responsabilités actuelles pour préparer la suite : un monde dans lequel chacun aurait sa part de pain, d’amour, de vie, de paix, de dignité?

Oui, prions tous ensemble. Nous tous, hommes, femmes et enfants de bonne volonté, nous tous chercheurs de vérité, nous tous qui désirons un monde meilleur, quelles que soient nos croyances ou non-croyances. Prions non seulement une journée, en temps de crise, mais prenons-en l’habitude de le faire tous les jours. 

Prions chacun à sa façon, selon sa tradition, sa sensibilité. Dans le silence, avec des mots ou des chants… mais toujours dans la vérité de notre être. Donnons-nous un temps pour nous tourner simplement et sincèrement vers le Maître de la Vie, avec confiance, sachant qu’il entend le cri de notre cœur, même ce qu’on n’arrive pas à exprimer. 

Pour moi, je me réjouirai de penser que je vis cette journée de « déconfinement spirituel » avec des personnes de bonne volonté de tous les horizons. Et je suis sûr que Dieu se réjouira de nous voir ainsi davantage unis! Ce sera déjà en soi toute une bénédiction! 

 

 

 

 

 

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Lundi 6 Avril 2020 à 18:57

Institution de la part du Pape dun Fonds durgence près les Œuvres pontificales missionnaires

pour les suites de la pandémie de Covid-19

 

Le Saint-Père François a institué un Fonds durgence près les Œuvres pontificales missionnaires afin d'aider les personnes et communautés ayant été tragiquement frappées par la diffusion du Covid-19. Le Fonds durgence sera utilisé pour accompagner les communautés frappées dans les pays de mission au travers des structures et des institutions de l'Église.

Le cardinal Luis Antonio G. Tagle, préfet de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, a accueilli favorablement l'annonce. « Dans le cadre de sa mission d'évangélisation, l'Église est souvent en première ligne face aux principales menaces contre le bien-être humain. Rien qu'en Afrique, il existe plus de 74 000 religieuses et plus de 46 000 prêtres qui gèrent 7 274 hôpitaux et cliniques, 2 346 maisons de retraite ou d'accueil pour personnes vulnérables et instruisent plus de 19 millions d'enfants au sein de 45 088 écoles primaires. Dans de nombreuses zones rurales, il s'agit des seuls fournisseurs d'assistance sanitaire et d'instruction ».

Le cardinal souligne : « Le Saint-Père invite actuellement l'ensemble du vaste réseau de l'Église à relever les défis qui se présentent à lui ».

Le Saint-Père a indiqué 750 000$ (USD) comme contribution initiale pour le fond et a demandé à ces réalités de l'Église qui en ont la possibilité et le désirent de contribuer à ce fond au travers des Œuvres pontificales missionnaires de chaque pays.

Mgr Giampietro Dal Toso, président des Œuvres pontificales missionnaires, a déclaré : « Ce fonds a pour but de soutenir la présence de l'Église dans les territoires de mission, qui subit également les conséquences du corona virus. Au travers de l'activité de l'Église qui consiste à annoncer l'Évangile et à aider concrètement au travers de notre vaste réseau, nous pouvons démontrer que personne n'est seul dans cette crise. En ce sens, les institutions et les ministres de l'Église jouent un rôle vital. Telle est l'intention du Saint-Père en constituant ce Fonds. Alors que tant de personnes souffrent, nous nous souvenons et nous rejoignons ceux qui pourraient n'avoir personne qui prenne soin d'eux, rendant ainsi présent l'amour de Dieu le Père ».

Les Œuvres pontificales missionnaires constituent donc le canal officiel de soutien du Saint-Père à plus de 1100 diocèses principalement en Asie, en Afrique, en Océanie et dans une partie de la région amazonienne. L'archevêque poursuit : « Je demande à notre réseau des Œuvres pontificales missionnaires*, présentes dans chaque diocèse du monde, de faire son possible pour soutenir cette initiative importante du Saint-Père ».

 

 

* Plus de détails à venir pour contribuer via les Œuvres pontificales missionnaires au Canada francophone

 

Les contributions peuvent également être versées sur le compte : IT84F0200805075000102456047 (SWIFT UNCRITMM) dont le titulaire est l'Administration des Œuvres pontificales missionnaires, en précisant : Fonds Corona virus.

Vatican/OPM

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Lundi 30 Mars 2020 à 12:15

À vous bienfaiteurs et bienfaitrices, à vous qui nous suivez fidèlement sur les réseaux sociaux, je vous salue!

Comme vous le savez, le vendredi dernier nous avons été bénis de manière particulière par le Seigneur! Depuis la place Saint-Pierre, le pape François nous a rappelé les paroles du Christ aux disciples qui étaient inquiets lors de la tempête : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, n’avez-vous pas la foi? » Attentif à chacun de nos besoins, confions au Seigneur ce que nous sommes en train de vivre en ces temps de pandémie. Confions-lui toute maladie, toute insécurité personnelle et sociale qu’elle crée en nous et en la grande famille humaine. Faisons nôtre cette prière du Pape: Seigneur, donne santé du corps et réconfort du cœur.

Alors que nous marchons vers Pâques, je vous souhaite de grandir davantage dans la foi, dans l’espérance et dans la charité fraternelle et universelle.

Au nom de toute l’équipe des Œuvres pontificales missionnaires, soyez assurés de nos prières et de notre solidarité en ces jours d’épreuve. 

 

P. Yoland Ouellet, o.m.i.

Directeur national des Œuvres pontificales missionnaires au Canada francophone

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Lundi 4 Novembre 2019 à 10:30

L’Agence Fides (organe d’information des Œuvres pontificales missionnaires) nous propose quelques extraits du nouveau livre-entretien entre le pape François et Gianni Valente (de Fides) intitulé Sans lui nous ne pouvons rien faire : Être missionnaires aujourd'hui dans le monde.

L’ouvrage, dont la sortie en librairie est le 5 novembre, est édité en italien par la Libreria Editrice Vaticana (LEV) et les éditions San Paolo (il sera publié en français chez Bayard, en France).

Extraits du livre :

Vous avez raconté que, dans votre jeunesse, vous vouliez partir en mission au Japon. Peut-on dire que le Pape est un missionnaire manqué ?

Je ne le suis pas. Je suis entré chez les Jésuites parce que leur vocation missionnaire me frappait, le fait qu'ils aillent toujours vers les frontières. Alors, je n'ai pas pu aller au Japon mais j'ai toujours ressenti le fait qu'annoncer Jésus et son Évangile comporte toujours l’action de sortir et de se mettre en chemin.

Vous répétez toujours « Église en sortie ». L'expression est beaucoup reprise et, parfois, elle semble devenir un slogan plutôt abusé, à disposition de ceux qui, toujours plus nombreux, passent leur temps à donner des leçons à l'Église sur la manière dont elle devrait ou ne devrait pas être.

“Église en sortie” n'est pas une expression à la mode que j'ai inventée. Elle est le commandement de Jésus qui, dans l'évangile selon Saint Marc, demande aux siens d'aller dans le monde entier et de prêcher l'Évangile «à toute créature». L'Église, ou elle est en sortie ou ce n'est pas l'Église. Ou bien elle est en annonce ou bien elle n'est pas l'Église. Si l'Église ne sort pas elle se corrompt, elle se dénature. Elle devient une autre chose.

Que devient une Église qui n'annonce pas ou ne sort pas ?

Elle devient une association spirituelle, une multinationale visant à lancer des initiatives et des messages à contenu éthique et religieux. Rien de mal à cela mais ce n'est pas l'Église. C'est un risque que court toute organisation statique à l'intérieur de l'Église. On finit par domestiquer le Christ. Tu ne rends plus témoignage des œuvres du Christ mais tu parles au nom d'une certaine idée du Christ, une idée que tu possèdes et que tu domestiques. Tu organises les choses à ton gré, tu deviens le petit imprésario de la vie ecclésiale où tout a lieu selon le programme établi et c'est-à-dire seulement selon les instructions. Mais la rencontre avec le Christ n’a plus lieu. La rencontre qui t'avait touché le cœur au début ne se produit plus.

La mission est-elle en soi un antidote à tout cela? La volonté et l'effort de "sortir" en mission suffisent-ils pour éviter ces distorsions ?

La mission, "l'Église en sortie", ce n’est pas un programme, une intention à réaliser à travers un effort de volonté. C'est le Christ qui fait sortir l'Église d'elle-même. Dans le cadre de la mission d'annonce de l'Évangile, tu te mets en marche parce que l'Esprit Saint te pousse et te porte. Lorsque tu arrives, tu t'aperçois qu’Il est arrivé avant toi et qu'Il t'attend. L'Esprit du Seigneur est arrivé avant. Il prévient, y compris pour te préparer la route, et Il est déjà à l'œuvre.

Dans une rencontre avec les Œuvres pontificales missionnaires, vous avez suggéré de lire les Actes des Apôtresen tant que texte habituel de prière, le récit des origines, et non pas un manuel de stratégie missionnaire « moderne ». Pour quelle raison ?

Le protagoniste des Actes des Apôtres, ce ne sont pas les Apôtres. Le protagoniste, c’est l'Esprit Saint. Les Apôtres sont les premiers à le reconnaitre et à l’attester. Lorsqu'ils communiquent aux frères d'Antioche les indications issues du Concile de Jérusalem, ils écrivent : « Nous avons décidé, l'Esprit Saint et nous. » Ils reconnaissaient avec réalisme, en fait, que c'était le Seigneur qui ajoutait chaque jour à la communauté « ceux qui étaient sauvés » et non pas les efforts de persuasion des hommes.

Mais maintenant, est-ce comme autrefois ? Rien n'a changé ?

L'expérience des Apôtres est comme un paradigme qui est toujours valable. Il suffit de penser à la manière dont les choses adviennent gratuitement, sans excès, dans les Actes des Apôtres. Il s'agit d'une histoire d'hommes dans laquelle les disciples arrivent toujours au deuxième rang, toujours après l'Esprit Saint qui agit. C'est lui qui prépare et travaille les cœurs. Il chamboule leurs plans. C'est lui qui les accompagne, les guide et les console dans toutes les circonstances qu'ils sont amenés à vivre. Lorsqu’arrivent les problèmes et les persécutions, l'Esprit Saint travaille également, de manière encore plus surprenante, à travers son réconfort, ses consolations, comme c'est le cas après le premier martyre, celui de saint Étienne.

Que se passe-t-il ?

Un temps de persécutions commence et de nombreux disciples fuient Jérusalem, se rendant en Judée et en Samarie. Là, alors qu'ils sont dispersés et en fuite, ils commencent à annoncer l'Évangile même s'ils sont seuls et si les Apôtres ne sont pas avec eux, puisque ces derniers sont restés à Jérusalem. Ils sont baptisés et l'Esprit Saint leur donne le courage apostolique. C’est là que l’on voit pour la première fois que le baptême est suffisant pour devenir annonciateurs de l'Évangile. La mission c’est cela. La mission, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint. Inutile de s'agiter, rien ne sert de nous organiser ou de hurler. Les trouvailles ou les stratagèmes sont inutiles. Il suffit de demander de pouvoir refaire aujourd'hui l'expérience qui t'amène à dire « nous avons décidé, l'Esprit Saint et nous ».

Et en l'absence de cette expérience, quel sens ont les appels à la mobilisation missionnaire?

Sans l'Esprit Saint, vouloir faire la mission devient une autre chose. Cela devient, je dirais, un projet de conquête, la prétention d'une conquête que nous réalisons nous-mêmes, une conquête religieuse ou peut-être idéologique, faite probablement de bonnes intentions mais c'est une autre chose.

En citant le pape Benoît XVI, vous répétez souvent que l'Église grandit par attraction. Que voulez-vous dire ? Qui attire-t-elle ? Qui est attiré ?

Jésus le dit dans l'évangile selon Saint Jean : « Une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi » et dans le même évangile, il déclare également : « Personne ne vient à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire ». L'Église a toujours reconnu que c'est là la forme propre de tout mouvement qui rapproche de Jésus et de l'Évangile. Il ne s'agit pas d'une conviction, d'un raisonnement, d'une prise de conscience. Ce n'est pas une pression ou une contrainte. Il s'agit toujours d'une attraction. Le prophète Jérémie indiquait déjà : « Tu m'as séduit et je me suis laissé séduire ».

Ceci vaut pour les Apôtres, pour les missionnaires, et pour leur action.

De quelle manière a lieu ce que vous venez de décrire ?

Le mandat du Seigneur demandant de sortir pour annoncer l'Évangile presse de l’intérieur, par amour, par attraction amoureuse. On ne suit pas le Christ et on devient encore moins Ses annonciateurs ou les annonciateurs de son Évangile sur la base d'une décision prise de manière rationnelle, à cause d'un activisme auto-induit. L'élan missionnaire lui aussi peut être fécond uniquement dans la mesure où il a lieu sous l’influence de cette attraction et la transmet aux autres.

Quelle est la signification de ces mots par rapport à la mission et à l’annonce de l’Évangile ?

Cela veut dire que si tu es attiré par le Christ, si tu te mets en route et que tu fais les choses parce que tu es attiré par le Christ, les autres s’en apercevront sans effort. Il n’est pas nécessaire de le démontrer et encore moins de l’afficher. En revanche, ceux qui pensent être protagonistes ou imprésario de la mission, malgré toutes leurs bonnes intentions et leurs déclarations d’intention, finissent souvent par n’attirer personne.

Dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, vous reconnaissez que toute cela peut « nous procurer un certain vertige » comme celui de qui s’immerge dans une mer où il ne sait pas ce qu’il rencontrera. Que vouliez-vous suggérer par cette image ? Ces paroles concernent-elles aussi la mission ?

La mission n’est pas un projet entrepreneurial bien huilé. Elle n’est pas même un spectacle organisé pour compter combien de personnes y participent grâce à notre propagande. L’Esprit Saint œuvre comme Il le souhaite, quand Il le souhaite et où Il le souhaite. Et ceci peut causer une forme de vertige. Pourtant le vertige de la liberté repose justement dans le fait de se laisser porter par l’Esprit, en renonçant à calculer et à tout contrôler. C’est justement en cela que nous imitons le Christ lui-même, qui, dans le mystère de sa résurrection, a appris à reposer dans la tendresse des bras du Père.

La fécondité mystérieuse de la mission ne passe pas par nos intentions, nos méthodes, nos élans et nos initiatives. Elle repose précisément sur ce vertige : le vertige que l’on ressent face aux paroles de Jésus lorsqu’Il dit : « Sans moi vous ne pouvez rien faire ».

Vous aimez répéter aussi que l’Église grandit « par témoignage ». Quelle suggestion cherchez-vous à adresser à travers cette insistance ?

Le fait que l’attraction se fait témoignage en nous. Le témoin atteste ce que l’œuvre du Christ et de Son Esprit ont accompli réellement dans sa vie. Après la Résurrection, c’est le Christ lui-même qui se rend visible aux Apôtres. C’est lui qui fait d’eux des témoins. Le témoignage, non plus, n’est pas une prestation qui nous appartient. On est témoin des œuvres du Seigneur.

Vous répétez souvent une autre chose, dans ce cas de façon  négative : « L’Église ne grandit pas par prosélytisme et la mission de l’Église n’est pas prosélytisme. » Pourquoi tant d’insistance ? Est-ce pour protéger les bons rapports avec les autres Églises et le dialogue avec les traditions religieuses ?

Le problème avec le prosélytisme n’est pas seulement le fait qu’il contredit le chemin œcuménique et le dialogue interreligieux. Il y a prosélytisme partout où existe l’idée de faire grandir l’Église en se passant de l’attraction du Christ et de l’œuvre de l’Esprit, en comptant exclusivement sur un quelconque "discours savant". Donc, en premier lieu, le prosélytisme exclut le Christ lui-même de la mission, tout autant que l’Esprit Saint lorsqu’il prétend parler et agir au nom du Christ de manière nominaliste. Le prosélytisme est toujours violent par nature même lorsqu’il dissimule ou exerce cette violence avec des gants. Il ne supporte ni la liberté ni la gratuité avec laquelle la foi peut se transmettre par grâce, d’une personne à une autre. C’est pour cela que le prosélytisme n’est pas seulement relatif au passé, au temps de l’antique colonialisme ou des conversions forcées ou achetées par la promesse d’avantages matériels. Le prosélytisme peut exister aujourd’hui aussi, jusque dans les paroisses, les communautés, les mouvements, les congrégations religieuses.

Alors que veut dire annoncer l’Évangile ?

L’annonce de l’Évangile veut dire remettre en paroles sobres et précises le témoignage même du Christ, comme le firent les Apôtres. Il n’est pas nécessaire d’inventer des discours persuasifs. L’annonce de l’Évangile peut également être susurrée mais elle passe toujours par la force bouleversante du scandale de la Croix et elle suit depuis toujours la voie indiquée dans la Lettre de Saint Pierre Apôtre, qui consiste dans le simple fait de « donner raison » aux autres de sa propre espérance, une espérance qui demeure scandale et folie aux yeux du monde.

A quoi reconnaît-on le "missionnaire" chrétien ?

Une caractéristique distinctive est qu’il sert de facilitateur et non pas de contrôleur de la foi. Faciliter, rendre facile, et non pas mettre des obstacles au désir de Jésus d’embrasser tout un chacun, de guérir tout un chacun, de sauver tout un chacun. Ne pas faire de sélections, ne pas établir de "douanes pastorales". Ne pas se comporter comme ceux qui se mettent sur le pas de la porte pour contrôler si les autres ont bien les prérequis pour entrer. Je me souviens des curés et des communautés qui, à Buenos Aires, avaient mis sur pied de nombreuses initiatives pour rendre plus facile l’accès au baptême. Ils s’étaient aperçus qu’au cours des dernières années, le nombre de ceux qui n’étaient pas baptisés pour de nombreux motifs, y compris sociologiques, croissait. Ils voulaient rappeler à tous qu’être baptisés est une chose simple, que tous peuvent demander le baptême pour eux-mêmes et pour leurs enfants. La route entreprise par ces curés et ces communautés était une et une seule : ne pas ajouter de poids, ne pas prétendre, ôter toute difficulté à caractère culturel, psychologique ou pratique qui pourrait pousser les personnes à reporter ou à abandonner leur intention de baptiser leurs enfants.

En Amérique, au début de l’Évangélisation, les missionnaires discutaient sur ceux qui étaient "dignes" de recevoir le baptême. Comment finirent ces disputes ?

Le pape Paul III rejeta les théories de ceux qui soutenaient que les indiens étaient par nature « incapables » d’accueillir l’Évangile et confirma le choix de ceux qui facilitaient leur baptême. Cela pourrait sembler appartenir au passé et pourtant aujourd’hui encore, il existe des cercles et des secteurs qui se présentent comme « ilustrados », des illuminés qui séquestrent également l’annonce de l’Évangile dans leurs logiques tortueuses qui divisent le monde entre "civilisation" et "barbarie". L’idée que le Seigneur ait parmi ses préférés aussi tant de « cabecitas negras » les irrite. Cela les met de mauvaise humeur. Ils considèrent une bonne partie de la famille humaine comme s’il s’agissait d’une entité de classe inférieure, inadaptée à atteindre, selon leurs critères, des niveaux décents de vie spirituelle et intellectuelle. Sur cette base, un mépris pour les peuples considérés de second niveau peut se développer. Tout cela a également émergé à l’occasion du Synode des évêques sur l’Amazonie.

Certains tendent à opposer dialectiquement l’annonce claire de la foi et les œuvres sociales, déclarant qu’il ne faut pas réduire la mission au soutien des œuvres sociales. Est-ce une préoccupation légitime ?

Tout ce qui est compris dans l’horizon des Béatitudes et des œuvres de miséricorde est en accord avec la mission. C’est déjà une annonce. C’est déjà la mission. L’Église n’est pas une ONG, c’est autre chose. Cependant, l’Église est également un hôpital de campagne, où tous sont accueillis, comme ils sont, et où sont soignées les blessures de tous. Ceci fait partie de sa mission. Tout dépend de l’amour qui fait battre le cœur de celui qui agit. Si un missionnaire aide à creuser un puit au Mozambique, parce qu’il s’est aperçu que cela est utile à ceux qu’il baptise et auxquels il prêche l’Évangile, comment peut-on dire que cette œuvre est séparée de l’annonce ?

Quelles sont aujourd’hui les nouvelles attentions et sensibilités à exercer dans le cadre des processus visant à rendre féconde l’annonce de l’Évangile dans les différents contextes sociaux et culturels ?

Le christianisme ne dispose pas d’un modèle culturel unique. Ainsi que l’a reconnu saint Jean-Paul II, « en demeurant pleinement lui-même, dans la fidélité totale à l’annonce évangélique et à la tradition ecclésiale, le christianisme portera également le visage des nombreuses cultures et des nombreux peuples au sein desquels il est accueilli et s’enracine ». L’Esprit Saint embellit l’Église, à travers des nouvelles expressions des personnes et des communautés qui embrassent l’Évangile. Ainsi l’Église, en prenant sur elle les valeurs des différentes cultures, devient « sponsa ornata monilibus suis », l’épouse ornée de ses joyaux dont parle le prophète Isaïe. Il est vrai que certaines cultures ont été étroitement liées à la prédication de l’Évangile et au développement d’une pensée chrétienne mais, à l’époque où nous vivons, il devient plus urgent encore de tenir compte du fait que le message révélé ne s’identifie avec aucune culture. Et, dans la rencontre avec de nouvelles cultures, ou avec des cultures qui n’ont pas accueilli la prédication chrétienne, il ne faut pas essayer d’imposer une forme culturelle déterminée par la proposition évangélique. Aujourd’hui, y compris dans l’œuvre missionnaire, il convient de ne pas se charger de lourds bagages.

Mission et martyre. Vous avez rappelé souvent le lien intime qui relie ces deux expériences.

Dans la vie chrétienne, l’expérience du martyre et la proclamation de l’Évangile à tous ont la même origine, la même source, lorsque l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint donne force, courage et consolation. Le martyre est la plus haute expression de la reconnaissance et du témoignage rendu au Christ, qui représentent l’accomplissement de la mission, de l’œuvre apostolique. Je pense toujours aux frères coptes trucidés en Libye qui prononçaient à mi-voix le nom de Jésus pendant qu’ils étaient décapités. Je pense aux religieuses de sainte Mère Teresa tuées au Yémen alors qu’elles prenaient soin de patients musulmans dans une résidence pour personnes âgées handicapées. Lorsqu’elles ont été tuées, elles portaient des tabliers de travail par-dessus leur habit religieux. Ce sont tous des vainqueurs, pas des "victimes", et leur martyre, jusqu’à l’effusion du sang, illumine le martyre que tous peuvent endurer dans la vie de chaque jour, avec le témoignage rendu quotidiennement au Christ. C’est ce que l’on peut voir, lorsqu’on va visiter les maisons de retraite des missionnaires âgés, souvent éprouvés par la vie qu’ils ont menée. Un missionnaire m’a déclaré que nombre d’entre eux perdent la mémoire et ne se souviennent plus du tout du bien qu’ils ont fait. « Mais cela n’a pas d’importance – me disait-il – car le Seigneur, en revanche, s’en rappelle très bien ». 

 

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