Pietro Parolin: « le Pape s'adressera à tout le continent asiatique »

Visite du Pape François en Corée

L’évangélisation en Asie, la rencontre avec les jeunes du continent, la béatification de 124 martyrs coréens qui constitue un modèle laïque de sainteté et l’invitation au dialogue et à la réconciliation entre les deux Corées divisées. Autant de sujets abordés par le secrétaire d’État du Vatican dans une interview accordée lundi au rédacteur en chef du CTV, le Centre télévisuel vatican, Alessandro Di Bussolo, en collaboration avec L’Osservatore Romano. Le cardinal Pietro Parolin individualise ainsi les principaux thèmes du voyage du pape François en Corée, du 13 au 18 août.

 

Q - “En Asie, il faut y aller, c’est important” a dit le pape François aux journalistes au terme de son voyage au Brésil. 15 ans après la dernière visite de saint Jean-Paul II en Inde, le Pape se rend à présent en Corée.  Qu’est-ce qui rend ce voyage si important ?

R - Je dirais que l’importance de ce voyage est liée essentiellement à trois facteurs : le premier est le fait que le Pape se rend pour la première fois en Extrême-Orient, une région du monde qui gagne une importance toujours plus accrue dans la politique et l’économie mondiale.

Le Pape s’y rend pour s’adresser à tout le continent et pas uniquement à la Corée. Le voyage a évidemment comme destinataires tous les pays du continent, grâce à la célébration de la journée asiatique de la jeunesse qui se déroulera en Corée et à laquelle participeront des représentations de jeunes des pays voisins.

Le troisième aspect est celui qui concerne le futur. La jeunesse représente le futur. Le Pape s’adresse donc au futur de ce continent, au futur de l’Asie.

Q - Le cœur du voyage sera la rencontre du pape François avec les jeunes d’Asie qui, dans une société compétitive, s’éloignent souvent de l’Église pour chercher le succès à l’école. Quel message leur portera le pape François ?

R - Je crois que le message que portera le pape François à ces jeunes est qu’ils doivent devenir les protagonistes de la vie de l’Église. Cela requiert une présence active, une présence participative ainsi qu’une présence faite de collaboration et de coresponsabilité. Comme nous le rappelait saint Jean-Paul II et comme nous le rappelle le pape François, l’Église a besoin des jeunes. Donc, un rôle à l’intérieur de l’Église et un rôle dans la Mission.

La question fondamentale consiste dans le fait que les jeunes doivent devenir des évangélisateurs de leurs camarades. Nous nous situons donc toujours dans la lignée de l’Évangélisation. Outre à l’insistance de ne pas se laisser éblouir par les valeurs éphémères de nos sociétés et de nos usages, le message du Pape portera sur le fait de trouver en Jésus la vraie réponse à nos interrogations et à nos inquiétudes.

Q - Quel témoignage peuvent fournir les martyrs coréens que le pape François béatifiera à Séoul aux jeunes générations de catholiques asiatiques ?

R - Un des motifs pour lesquels le Pape se rend en Corée, c’est la béatification des 124 martyrs coréens. Je crois qu’il faut souligner le fait qu’à l’intérieur de ce groupe, il y a seulement un prêtre alors que tous les autres sont des laïcs qui exerçaient des professions variées et différentes, des professions les plus humbles aux professions les plus hautes dans l’échelle sociale. Cela nous rapporte à une des caractéristiques de l’Église coréenne, c’est-à-dire le fait que c’est une Église née du témoignage et de l’engagement des laïcs qui ont su conserver et transmettre la foi.

Je crois que le message fondamental, c’est que dans l’Église, nous sommes tous appelés à collaborer à la mission d’annoncer l’Évangile et nous sommes tous appelés à la sainteté, une sainteté qui peut se manifester sous diverses formes mais qui doit caractériser l’engagement de chacun.

Q - Le pape François rencontrera les survivants et les parents des victimes du naufrage du Sewol. La pastorale de la tendresse et de la proximité envers ceux qui souffrent peut-elle aussi laisser un signe en Corée ?

R - Oui, certainement. Nous savons que cet évènement dramatique et funeste a suscité de nombreuses douleurs. Il a provoqué de nombreuses blessures et suscité beaucoup de polémiques au sein de la société coréenne. Le Pape veut montrer que la méthode pour adoucir la douleur et chercher à soigner les blessures consiste dans le fait d’être proche des personnes. C’est un signe clair. Cette proximité est la proximité de Jésus envers ceux qui souffrent et doit se traduire par la proximité de l’Église envers tous ceux qui souffrent. C’est également en ce sens que va le geste de charité et d’amour à l’égard des familles des victimes de cette tragédie.

Q - Le Pape finira son voyage en Corée, que les évêques définissent comme « la dernière victime de la guerre froide », par une messe pour la paix et la réconciliation. Ce voyage pourra-t-il ouvrir de nouveaux canaux de dialogues entre les leaders des deux Corées et donner de l’espoir aux catholiques de la Corée du Nord ?

R - Cela a toujours été le grand espoir du Saint-Siège qui s’est concrètement engagé dans cette direction. C’est une constatation plus qu’évidente que la péninsule est encore parcourue par de nombreuses tensions et qu’elle a besoin de paix et de réconciliation.

Je crois que le voyage du Pape aidera à poursuivre cette œuvre de solidarité à l’égard des populations qui se trouvent dans le besoin, dans la nécessité et favoriser, dans la mesure du possible, l’ouverture d’espaces de communication et de dialogue. Je crois et c’est une conviction que le Pape a répété à plusieurs reprises, qu’on peut résoudre ces problèmes qui persistent par la communication et le dialogue et si les deux parties font preuve de bonne volonté.

Source: Radio Vatican

Crédit photo: News.va

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