Le Carême, une période propice aux retrouvailles avec Jésus

P. Raniero Cantalamessa, o.f.m.Cap, prédicateur de la Maison pontificale

Pour sa première prédication de Carême, le père Raniero Cantalamessa a voulu s'attarder sur l'exhortation apostolique du pape François Evangelii Gaudium, profitant de son absence du Vatican en raison des exercices spirituels de Carême à Ariccia. Ce texte présente trois « points d'intérêt » selon lui : « le sujet, l'objet et la méthode de l'évangélisation : qui doit évangéliser, que faut-il évangéliser, comment évangéliser ».

Dans son exhortation apostolique, François précise que « chaque baptisé est un sujet actif de l'évangélisation. […] J'invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd'hui même sa rencontre personnelle avec Jésus-Christ » écrit le Pape. Pour le père Cantalamessa, c'est dans cette invitation que réside la nouveauté du pape François par rapport à ses prédécesseurs. « Autrement dit, le but ultime de l'évangélisation ne repose pas sur la transmission d'une doctrine, mais sur la rencontre avec une personne, Jésus-Christ » qui doit être « une rencontre libre, voulue, spontanée, pas seulement nominale, juridique ou habitudinaire ». Pour renouveler cette rencontre, il faut revenir aux origines de la chrétienté, au catéchuménat, quand devenir chrétien était « cette décision personnelle libre et mûre que les chrétiens prenaient au début en recevant le baptême et qui faisait d'eux de vrais chrétiens et non des chrétiens qui n'en avaient que le nom ».

 

L'Évangile est source de joie

Cette rencontre personnelle avec Jésus a un lien avec la joie de l'Évangile selon le prédicateur de la Maison pontificale, car « la joie de l'Évangile ne s'expérimente qu'en établissant une relation intime, de personne à personne, avec Jésus de Nazareth ». D'ailleurs, étymologiquement, Évangile veut dire « bonne et heureuse nouvelle ». Partant du premier chapitre de l'Évangile de Marc, où Jésus dit « Convertissez-vous et croyez », le père Cantalamessa précise que ce ne sont pas « deux choses différentes et successives, mais la même action : convertissez-vous, c'est-à-dire croyez; convertissez-vous en croyant ! ». C'est ainsi que l'Évangile est source de joie.

La Nouvelle Évangélisation doit donc, selon le père Cantalamessa, s'agir « concrètement de créer pour les hommes d'aujourd'hui des occasions qui leur permettent de prendre, dans ce nouveau contexte » la décision de vivre et transmettre l'Évangile. Cela peut passer par « tous les mouvements d'Église, les agrégations laïques et les communautés paroissiales retrouvées », ces « signes d'un nouveau printemps de l'Église » selon l'expression utilisée par saint Jean-Paul II. « Toutes ces réalités constituent un cadre de vie et un outil qui permet à tant de personnes adultes de faire un choix personnel pour le Christ,  de prendre leur baptême au sérieux, de devenir des sujets actifs dans l'Église », souligne le père Cantalamessa.

 

Ne pas oublier l'action de l'Esprit Saint

Pour autant, il ne faut pas non plus réduire l'Évangile « à une seule dimension, celle de la foi, en négligeant les œuvres », avertit le prédicateur de la Maison pontificale. « L’exhortation apostolique du pape François reflète cette synthèse entre foi et œuvres, estime-t-il. Après avoir commencé par parler de la joie de l’Évangile qui remplit le cœur, il rappelle dans le corps de la lettre tous les grands « non » que l’Évangile prononce contre l’égoïsme, l’injustice, l’idolâtrie de l’argent, et tous les grands « oui » qu’il nous encourage à dire au service d’autrui, à l’engagement social, aux pauvres. C’est la démonstration que la rencontre personnelle avec Jésus dont il nous parlait au début de la lettre est loin d’être une expérience intimiste et individualiste ; elle devient, au contraire, le ressort principal pour l’évangélisation et la sanctification personnelle ».

Ce renouvellement de la rencontre avec Jésus comprend également l'action de l'Esprit Saint, comparable au fonctionnement de la respiration humaine. Reprenant une image utilisée par le pape François – « un beau symbole de ce qui doit se passer dans l'organisme spirituel » –, le père Cantalamessa compare ces deux temps de ce mécanisme biologique, l'inspiration puis l'expiration : « nous inspirons l’oxygène qui est l’Esprit Saint en priant, en méditant la parole de Dieu, par les sacrements, la mortification, le silence; nous répandons l’Esprit quand nous allons vers les autres, quand nous annonçons la foi et faisons œuvre de charité ». Le temps de Carême est donc, « par excellence, un temps d'inspiration » conclut le prédicateur de la Maison pontificale, « faisons, en cette période, de profondes respirations ; remplissons d’Esprit Saint les poumons de notre âme, et comme ça, sans nous en rendre compte, notre haleine sentira bon le parfum du Christ ».

Radio Vatican

Crédit photo: Keystone/AP

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