Actualité

Mardi 1 Septembre 2015 à 10:54
La Porte sainte, Vatican.

À mon vénéré frère

Mgr Rino Fisichella

président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation

 

            L’approche du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde me permet de me concentrer sur certains points sur lesquels je considère qu’il est important d’intervenir afin de permettre que la célébration de l’Année sainte soit pour tous les croyants un véritable moment de rencontre avec la miséricorde de Dieu. Je désire en effet que le Jubilé soit une expérience vivante de la proximité du Père, permettant presque de toucher du doigt sa tendresse, afin que la foi de chaque croyant se renforce et que le témoignage devienne ainsi toujours plus efficace.

            Ma pensée va, en premier lieu, à tous les fidèles qui, dans chaque diocèse ou comme pèlerins à Rome, vivront la grâce du Jubilé. Je désire que l’indulgence jubilaire soit pour chacun une expérience authentique de la miséricorde de Dieu, qui va à la rencontre de tous avec le visage du Père qui accueille et pardonne, oubliant entièrement le péché commis. Pour vivre et obtenir l’indulgence, les fidèles sont appelés à accomplir un bref pèlerinage vers la Porte sainte, ouverte dans chaque cathédrale ou dans les églises établies par l’évêque diocésain, ainsi que dans les quatre basiliques papales à Rome, comme signe du désir profond de véritable conversion. De même, j’établis que l’on puisse obtenir l’indulgence dans les sanctuaires où est ouverte la Porte de la Miséricorde et dans les églises qui sont traditionnellement identifiées comme jubilaires. Il est important que ce moment soit uni, avant tout, au Sacrement de la Réconciliation et à la célébration de la sainte Eucharistie par une réflexion sur la miséricorde. Il sera nécessaire d’accompagner ces célébrations par la profession de foi et par la prière pour ma personne et pour les intentions que je porte dans mon cœur pour le bien de l’Église et du monde entier.

Aux malades et aux détenus           

Je pense, en outre, à ceux qui, pour divers motifs, n’auront pas la possibilité de se rendre à la Porte sainte, en premier lieu les malades et les personnes âgées et seules, que leurs conditions empêchent souvent de sortir de chez eux. Pour ces personnes, il sera d’une grande aide de vivre la maladie et la souffrance comme expérience de proximité au Seigneur qui, dans le mystère de sa passion, mort et résurrection, indique la voie maîtresse pour donner un sens à la douleur et à la solitude. Vivre avec foi et espérance joyeuse ce moment d’épreuve, en recevant la communion ou en participant à la messe et à la prière communautaire, également à travers les divers moyens de communication, sera pour elles la façon d’obtenir l’indulgence jubilaire.

Ma pensée va aussi aux détenus, qui font l’expérience de la restriction de leur liberté. Le Jubilé a toujours constitué l’opportunité d’une grande amnistie, destinée à toucher de nombreuses personnes qui, bien que méritant une peine, ont toutefois pris conscience de l’injustice qu’elles ont commise, et désirent sincèrement s’insérer à nouveau dans la société en apportant leur contribution honnête. Qu’à toutes ces personnes parvienne de façon concrète la miséricorde du Père qui désire être proche de ceux qui ont le plus besoin de son pardon. Dans les chapelles des prisons, elles pourront obtenir l’indulgence et, chaque fois qu’elles passeront par la porte de leur cellule, en adressant leur pensée et leur prière au Père, puisse ce geste signifier pour elles le passage de la Porte sainte, car la miséricorde de Dieu, capable de transformer les cœurs, est également en mesure de transformer les barreaux en expérience de liberté.

            J’ai demandé que l’Église redécouvre en ce temps jubilaire la richesse contenue dans les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle. L’expérience de la miséricorde, en effet, devient visible dans le témoignage de signes concrets comme Jésus lui-même nous l’a enseigné. Chaque fois qu’un fidèle vivra l’une ou plusieurs de ces œuvres en première personne, il obtiendra certainement l’indulgence jubilaire. D’où l’engagement à vivre de la miséricorde pour obtenir la grâce du pardon complet et total en vertu de la force de l’amour du Père qui n’exclut personne. Il s’agira donc d’une indulgence jubilaire plénière, fruit de l’événement lui-même qui est célébré et vécu avec foi, espérance et charité.

Pour les défunts

Enfin, l’indulgence jubilaire peut être obtenue également pour les défunts. Nous sommes liés à eux par le témoignage de foi et de charité qu’ils nous ont laissé. De même que nous les rappelons dans la célébration eucharistique, ainsi, nous pouvons, dans le grand mystère de la communion des Saints, prier pour eux afin que le visage miséricordieux du Père les libère de tout résidu de faute et puisse les accueillir dans ses bras, dans la béatitude qui n’a pas de fin.

Aux « femmes qui ont eu recours à l’avortement »

L’un des graves problèmes de notre temps est sans aucun doute le changement du rapport à la vie. Une mentalité très répandue a désormais fait perdre la sensibilité personnelle et sociale adéquate à l’égard de l’accueil d’une vie nouvelle. Le drame de l’avortement est vécu par certains avec une conscience superficielle, qui semble ne pas se rendre compte du mal très grave qu’un tel acte comporte. Beaucoup d’autres, en revanche, bien que vivant ce moment comme un échec, considèrent ne pas avoir d’autres voies à parcourir. Je pense, en particulier, à toutes les femmes qui ont eu recours à l’avortement. Je connais bien les conditionnements qui les ont conduites à cette décision. Je sais qu’il s’agit d’un drame existentiel et moral. J’ai rencontré de nombreuses femmes qui portaient dans leur cœur la cicatrice de ce choix difficile et douloureux. Ce qui a eu lieu est profondément injuste; pourtant, seule sa compréhension dans sa vérité peut permettre de ne pas perdre l’espérance. Le pardon de Dieu à quiconque s’est repenti ne peut être nié, en particulier lorsqu’avec un cœur sincère, cette personne s’approche du sacrement de la Confession pour obtenir la réconciliation avec le Père. C’est également pour cette raison que j’ai décidé, nonobstant toute chose contraire, d’accorder à tous les prêtres, pour l’Année jubilaire, la faculté d’absoudre du péché d’avortement tous ceux qui l’ont provoqué et qui, le cœur repenti, en demandent pardon. Que les prêtres se préparent à cette tâche importante en sachant unir des paroles d’authentique accueil à une réflexion qui aide à comprendre le péché commis, et indiquer un itinéraire de conversion authentique pour pouvoir obtenir le pardon véritable et généreux du Père qui renouvelle tout par sa présence.

Aux fidèles qui fréquentent les églises de la Fraternité Saint Pie X

Une dernière considération s’adresse aux fidèles qui, pour diverses raisons, désirent fréquenter les églises où les offices sont célébrés par les prêtres de la Fraternité Saint Pie X. Cette Année jubilaire de la Miséricorde n’exclut personne. Certains confrères évêques m’ont fait part en plusieurs occasions de leur bonne foi et pratique sacramentelle, unie toutefois à la difficulté de vivre une situation pastorale difficile. J’espère que dans un proche avenir, l’on pourra trouver les solutions pour retrouver une pleine communion avec les prêtres et les supérieurs de la Fraternité. Entre temps, animé par l’exigence de répondre au bien de ces frères, j’établis, par ma propre disposition, que ceux qui, au cours de l’Année sainte de la Miséricorde, s’approcheront, pour célébrer le Sacrement de la Réconciliation, des prêtres de la Fraternité Saint Pie X recevront une absolution valide et licite de leurs péchés.

Conclusion

M’en remettant à l’intercession de la Mère de la Miséricorde, je confie à sa protection la préparation de ce Jubilé extraordinaire.

 

 

Du Vatican, le 1er septembre 2015

Crédit photo: ermengardis.com

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Jeudi 2 Juillet 2015 à 10:23
Voyage apostolique de François en Amérique latine.

Le voyage du pape François en Amérique latine a été présenté à la presse ce mardi matin en salle de presse du Vatican : le pape argentin s’envolera dimanche prochain pour l’Amérique latine pour une visite très attendue.

Trois pays distincts

Première visite dans trois pays, ce neuvième voyage apostolique du pape François sera surtout le premier en Amérique latine hispanophone, et il a pour thématique commune la joie d’annoncer l’Évangile.

Trois pays, l’Équateur la Bolivie et le Paraguay, 3 identités distinctes, mêlant des zones pauvres et plus développées, les hauts plateaux des Andes où la population indigène est forte, aux villes de plaines plus mixtes. Le pape François commencera sa visite à Quito, la capitale équatorienne, avant de se rendre à Guayaquil pour la première grande messe de ce voyage, où plus d’un million de personnes sont attendues. Sa visite le mènera ensuite de La Paz à Santa Cruz (en Bolivie) puis Asunción, la capitale paraguayenne, où sont attendus de très nombreux Argentins, qui viendront en voisins.

Temps forts

Outre les rencontres avec les autorités civiles et religieuses de chaque pays, le Pape ira comme attendu à la rencontre des plus pauvres, en visitant des missionnaires de la charité en Équateur, une prison géante en Bolivie, et un bidonville au Paraguay. Un des temps forts devrait aussi être la rencontre du Pape avec les peuples indigènes, et sa participation à la rencontre mondiale des mouvements populaires à Santa Cruz, en Bolivie, le 9 juillet.

Ce voyage se fera aussi sous le regard de la Vierge, on le sait, très aimée sur le continent, avec la visite de deux sanctuaires mariaux, El Quinche près de Quito et celui de Caacupé au Paraguay. Ce voyage  sera enfin l’occasion pour le Pape de se remettre sur les traces de ses prédécesseurs jésuites qui ont évangélisé le continent latinoaméricain.

Radio Vatican

Crédit photo: ACI Prensa

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Vendredi 5 Juin 2015 à 10:43
Le Pape s'adresse aux OPM 2015

Audience aux participants à l'Assemblée générale annuelle des Œuvres pontificales missionnaires

 

Chers frères et sœurs,

c’est avec plaisir que je vous rencontre tous, vous qui êtes engagés au sein des Œuvres pontificales missionnaires, au service de l’Église pour réaliser le mandat missionnaire d’évangéliser les peuples jusqu’aux extrêmes limites de la terre. Je remercie le cardinal Filoni de ses paroles courtoises.

L’Humanité a fortement besoin de l’Évangile, source de joie, d’espérance et de paix. La mission évangélisatrice a la priorité parce que l’activité missionnaire est encore aujourd’hui le plus grand défi pour l’Église. Et « comme je voudrais trouver – pour vous également – les paroles pour encourager une période évangélisatrice plus fervente, joyeuse, généreuse, audacieuse, pleine d’amour profond, et de vie contagieuse! » (EG, n. 261) L’annonce de l’Évangile est la préoccupation première et constante de l’Église. Elle est son engagement essentiel, son plus grand défi et la source de son renouvellement. Le bienheureux Paul VI ajoutait : « et sa vocation ». En effet, de la mission évangélisatrice, de son intensité et de son efficacité dérive également le véritable renouvellement de l’Église, de ses structures et de son activité pastorale. Sans l’inquiétude et l’angoisse de l’évangélisation, il n’est pas possible de développer une pastorale crédible et efficace, qui unisse l’annonce et la promotion humaine. « L’action missionnaire est le paradigme de toute tâche de l’Église ». (EG, n.15)

À vous, membres de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples et directeurs nationaux des Œuvres pontificales missionnaires, par vocation et par ministère, il appartient un devoir prenant et privilégié : votre regard et votre intérêt s’élargissent aux vastes horizons universels de l’Humanité, à ses frontières géographiques et surtout humaines. Avec estime et affection, vous accompagnez la vie des jeunes Églises répandues de par le monde et vous animez le Peuple de Dieu afin qu’il vive pleinement la mission universelle. Vous connaissez les merveilles que l’Esprit Saint, par l’intermédiaire de ces Églises, souvent pauvres en ressources, opère dans l’Humanité, y compris au travers des difficultés et des persécutions qu’elles subissent pour leur fidélité et leur témoignage à la Parole de Dieu et leur défense de l’Homme. Dans ces périphéries humaines, l’Église est appelée à sortir dans les rues et à aller à la rencontre de nos frères et sœurs qui vivent sans la force, sans la lumière et sans la consolation de Jésus Christ; sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. (cf. EG, n.49) La Congrégation pour l’évangélisation des peuples et les Œuvres pontificales missionnaires sont donc protagonistes d’une évangélisation renouvelée, s’adressant à tous et en particulier aux pauvres, aux derniers, aux marginalisés. (cf. EG, n.198)

Les Œuvres pontificales missionnaires, par le charisme qui les caractérise, sont attentives et sensibles aux besoins des territoires de mission et, en particulier, aux groupes humains les plus pauvres. Elles sont des instruments de communion entre les Églises, favorisant et réalisant un partage de personnes et de ressources économiques. Elles sont engagées pour soutenir des séminaristes, des prêtres et des religieuses des jeunes Églises des territoires de mission dans les collèges pontificaux. Face à une si belle et importante mission qui nous attend, la foi et l’amour du Christ ont la capacité à nous pousser partout pour annoncer l’Évangile de l’amour, de la fraternité et de la justice. Et cela se fait par la prière, du courage évangélique et du témoignage des Béatitudes. S’il vous plait, soyez attentifs à ne pas succomber à la tentation de devenir une ONG, un bureau de distribution de subsides ordinaires et extraordinaires. L’argent représente une aide – nous le savons ! –, mais il peut également devenir la ruine de la Mission. Le fonctionnalisme, lorsqu’il est mis au centre ou qu’il occupe trop de place, presque comme s’il représentait la chose la plus importante, vous mènera à la ruine parce que la première manière de mourir est de donner pour escomptées les « sources », à savoir qui meut la Mission. S’il vous plait, avec tous ces plans et ces programmes, n’excluez pas Jésus Christ de l’œuvre missionnaire, qui est la sienne. Une Église qui se réduit à une manie de l’efficacité des appareils de parti est déjà morte même si les structures et les programmes en faveur des clercs et des laïcs « auto-occupés » devaient durer encore pendant des siècles. Une véritable évangélisation n’est possible que dans l’énergie sanctificatrice de l’Esprit Saint, le seul capable de renouveler, de secouer, de donner de l’élan à l’Église dans le cadre d’une sortie audacieuse hors de soi pour évangéliser tous les peuples. (cf. Ibid., n.261)

Que la Vierge Marie, étoile de l’Évangélisation, nous obtienne toujours la passion pour le royaume de Dieu, afin que la joie de l’Évangile parvienne jusqu’aux confins de la terre et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière. Je vous bénis tous avec affection. Et, s’il vous plait, n’oubliez pas de prier pour moi.

Crédit photo: L'Osservatore Romano

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Lundi 25 Mai 2015 à 12:13
Le Pape et l'importance d'aller aux périphéries.

Message du Saint-Père pour le Dimanche missionnaire mondial de 2015

célébré cette année le 18 octobre

 

Chers frères et sœurs,

Le Dimanche missionnaire mondial 2015 a lieu dans le cadre de l’Année de la vie consacrée et en reçoit un élan pour la prière et la réflexion. En effet, si tout baptisé est appelé à rendre témoignage au Seigneur Jésus en annonçant la foi reçue en don, cela vaut de manière particulière pour la personne consacrée, parce qu’un lien fort subsiste entre la vie consacrée et la Mission. La sequela Christi, qui a suscité l’avènement de la vie consacrée au sein de l’Église, répond à l’appel à prendre la Croix et à se mettre à sa suite, à imiter sa consécration au Père et ses gestes de service et d’amour, à perdre la vie pour la retrouver. Et puisque toute l’existence du Christ a un caractère missionnaire, les hommes et les femmes qui le suivent de plus près assument pleinement ce même caractère.

La dimension missionnaire, en ce qu’elle appartient à la nature même de l’Église, est également intrinsèque à toute forme de vie consacrée, et ne peut être négligée sans créer un vide qui défigure le charisme. La Mission n’est pas prosélytisme ou simple stratégie. Elle fait partie de la « grammaire » de la foi. Il s’agit de quelque chose d’indispensable pour celui qui se met à l’écoute de la voix de l’Esprit qui murmure « viens » et « va ». Celui qui suit le Christ ne peut que devenir missionnaire, et il sait que Jésus « marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. » (Evangelii Gaudium, n. 266)

 

Passion pour Jésus et pour l’Humanité

La Mission est passion pour Jésus Christ et, en même temps, passion pour les personnes. Lorsque nous nous tenons en prière devant Jésus crucifié, nous reconnaissons la grandeur de son amour qui nous donne dignité et nous soutient et, en même temps, nous percevons que cet amour qui part de son cœur transpercé s’étend à tout le peuple de Dieu et à l’Humanité entière. Ainsi nous sentons qu’il veut aussi se servir de nous pour arriver toujours plus près de son peuple bien-aimé (cf. ibid., n. 268) et de tous ceux qui le cherchent avec un cœur sincère. Dans le commandement de Jésus « Allez » sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Église. En elle, tous sont appelés à annoncer l’Évangile par le témoignage de la vie. Aux consacrés, il est demandé en particulier d’écouter la voix de l’Esprit qui les appelle à aller vers les grandes périphéries de la Mission, parmi les peuples auxquels n’est pas encore parvenu l’Évangile.

 

« Celui qui accueille la Mission est appelé à vivre de mission »

Le cinquantième anniversaire du décret conciliaire Ad gentes nous invite à relire et à méditer ce document qui suscita un fort élan missionnaire au sein des Instituts de vie consacrée. Dans les communautés contemplatives fut remise en évidence la figure de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne des missions, en tant qu’inspiratrice du lien intime entre la vie contemplative et la Mission. Pour de nombreuses congrégations religieuses de vie active, le désir missionnaire provenant du Concile Vatican II se traduisit par une extraordinaire ouverture à la mission ad gentes, souvent accompagnée par l’accueil de frères et sœurs provenant des terres et des cultures rencontrées dans le cadre de l’évangélisation, au point qu’aujourd’hui, il est possible de parler d’une interculturalité diffuse au sein de la vie consacrée. C’est pourquoi il est urgent de proposer à nouveau l’idéal de la Mission dans son aspect central : Jésus Christ, et dans son exigence : le don total de soi en vue de l’annonce de l’Évangile. Il ne peut exister de compromis à ce propos : celui qui, avec la grâce de Dieu, accueille la Mission, est appelé à vivre de mission. Pour ces personnes, l’annonce du Christ, au sein des multiples périphéries du monde, devient la manière de vivre à sa suite et récompense de beaucoup de fatigues et de privations. Toute tendance à dévier de cette vocation, même si elle est accompagnée de nobles motivations liées aux nombreuses nécessités pastorales, ecclésiales ou humanitaires, ne s’accorde pas avec l’appel personnel du Seigneur au service de l’Évangile. Dans les Instituts missionnaires, les formateurs sont appelés tant à indiquer avec clarté et honnêteté cette perspective de vie et d’action qu’à faire autorité en ce qui concerne le discernement de vocations missionnaires authentiques. Je m’adresse surtout aux jeunes, qui sont encore capables de témoignages courageux et d’entreprises généreuses et parfois à contre-courant : ne vous laissez pas voler le rêve d’une vraie mission, d’une sequela Christi qui implique le don total de soi. Dans le secret de votre conscience, demandez-vous quelle est la raison pour laquelle vous avez choisi la vie religieuse missionnaire et mesurez votre disponibilité à l’accepter pour ce qu’elle est : un don d’amour au service de l’annonce de l’Évangile, en vous souvenant que, avant d’être un besoin pour ceux qui ne le connaissent pas, l’annonce de l’Évangile est une nécessité pour celui qui aime le Maître.

 

Suivre le Christ dans sa préférence pour les pauvres

Aujourd’hui, la Mission se trouve face au défi de respecter le besoin de tous les peuples de repartir de leurs propres racines et de sauvegarder les valeurs de leurs cultures respectives. Il s’agit de connaître et de respecter d’autres traditions et systèmes philosophiques et de reconnaître à chaque peuple et culture le droit d’être aidé par sa propre tradition dans la compréhension du mystère de Dieu et dans l’accueil de l’Évangile de Jésus, qui est lumière pour les cultures et force transformante pour ces dernières.

À l’intérieur de cette dynamique complexe, nous posons la question : « Qui sont les destinataires privilégiés de l’annonce évangélique ? » La réponse est claire et nous la trouvons dans l’Évangile lui-même : les pauvres, les petits et les infirmes, ceux qui sont souvent méprisés et oubliés, ceux qui n’ont pas de quoi payer de retour. (cf. Lc 14, 13-14) L’Évangélisation s’adressant de manière préférentielle à eux est signe du royaume que Jésus est venu apporter : « Il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres. Ne les laissons jamais seuls. » (Evangelii gaudium, n. 48) Ceci doit être clair en particulier pour les personnes qui embrassent la vie consacrée missionnaire : par le vœu de pauvreté, elles choisissent de suivre le Christ dans sa préférence, non pas idéologiquement, mais comme lui, en s’identifiant avec les pauvres, en vivant comme eux dans la précarité de l’existence quotidienne et dans le renoncement à l’exercice de tout pouvoir pour devenir frères et sœurs des derniers, leur apportant le témoignage de la joie de l’Évangile et l’expression de la charité de Dieu.

Pour vivre le témoignage chrétien et les signes de l’amour du Père parmi les petits et les pauvres, les consacrés sont appelés à promouvoir dans le service de la Mission la présence des fidèles laïcs. Déjà, le concile œcuménique Vatican II affirmait : « Les laïcs coopèrent à l’œuvre d’évangélisation de l’Église et participent à titre de témoins, et en même temps d’instruments vivants à sa mission salvifique. » (Ad gentes, n. 41) Il est nécessaire que les consacrés missionnaires s’ouvrent toujours plus courageusement à ceux qui sont disposés à collaborer avec eux, même pour un temps limité, pour une expérience sur le terrain. Ce sont des frères et des sœurs qui désirent partager la vocation missionnaire inhérente au Baptême. Les maisons et les structures des missions sont des lieux naturels pour leur accueil et leur soutien humain, spirituel et apostolique.

 

« L’unité des disciples »

Les Institutions et les Œuvres missionnaires de l’Église sont totalement placées au service de ceux qui ne connaissent pas l’Évangile de Jésus. Pour réaliser efficacement ce but, elles ont besoin des charismes et de l’engagement missionnaire des consacrés, tout comme les consacrés ont besoin d’une structure de service, expression de la sollicitude de l’Évêque de Rome, pour garantir la koinonia, de sorte que la collaboration et la synergie fassent partie intégrante du témoignage missionnaire. Jésus a posé l’unité des disciples comme condition pour que le monde croie. (cf. Jn 17, 21) Une telle convergence n’équivaut pas à une soumission juridique et organisationnelle à des organismes institutionnels ou bien à une mortification de la fantaisie de l’Esprit qui suscite la diversité, mais signifie donner plus d’efficacité au message évangélique et promouvoir cette unité d’intentions qui est, elle aussi, fruit de l’Esprit.

L’œuvre missionnaire du Successeur de Pierre a un horizon apostolique universel. C’est pourquoi elle a également besoin des nombreux charismes de la vie consacrée pour s’adresser au vaste horizon de l’évangélisation et être en mesure d’assurer une présence adéquate aux frontières et dans les territoires atteints.

 

Conclusion

Chers frères et sœurs, la passion du missionnaire est l’Évangile. Saint Paul pouvait affirmer : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile » (1 Co 9, 16) L’Évangile est source de joie, de libération et de salut pour tout homme. L’Église est consciente de ce don et elle ne se lasse donc pas d’annoncer continuellement à tous « ce qui était au commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux ». (1 Jn 1, 1) La mission des serviteurs de la Parole – évêques, prêtres, religieux et laïcs – est celle de mettre tout un chacun, sans aucune exception, en rapport personnel avec le Christ. Dans l’immense champ de l’action missionnaire de l’Église, chaque baptisé est appelé à vivre au mieux son engagement, selon sa situation personnelle. Une réponse généreuse à cette vocation universelle peut être offerte par les consacrés et les consacrées au travers d’une intense vie de prière et d’union avec le Seigneur et avec son sacrifice rédempteur.

Alors que je confie à la Très-Sainte Vierge Marie, Mère de l’Église et modèle missionnaire, tous ceux qui, ad gentes ou sur leur propre territoire, dans tous les états de vie, coopèrent à l’annonce de l’Évangile, j’envoie de tout cœur à chacun la bénédiction apostolique.

 

Du Vatican, 24 mai 2015


Solennité de la Pentecôte

Crédit photo: L'Osservatore Romano

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