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Vendredi 27 Février 2015 à 11:57
P. Raniero Cantalamessa, o.f.m.Cap, prédicateur de la Maison pontificale

Pour sa première prédication de Carême, le père Raniero Cantalamessa a voulu s'attarder sur l'exhortation apostolique du pape François Evangelii Gaudium, profitant de son absence du Vatican en raison des exercices spirituels de Carême à Ariccia. Ce texte présente trois « points d'intérêt » selon lui : « le sujet, l'objet et la méthode de l'évangélisation : qui doit évangéliser, que faut-il évangéliser, comment évangéliser ».

Dans son exhortation apostolique, François précise que « chaque baptisé est un sujet actif de l'évangélisation. […] J'invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd'hui même sa rencontre personnelle avec Jésus-Christ » écrit le Pape. Pour le père Cantalamessa, c'est dans cette invitation que réside la nouveauté du pape François par rapport à ses prédécesseurs. « Autrement dit, le but ultime de l'évangélisation ne repose pas sur la transmission d'une doctrine, mais sur la rencontre avec une personne, Jésus-Christ » qui doit être « une rencontre libre, voulue, spontanée, pas seulement nominale, juridique ou habitudinaire ». Pour renouveler cette rencontre, il faut revenir aux origines de la chrétienté, au catéchuménat, quand devenir chrétien était « cette décision personnelle libre et mûre que les chrétiens prenaient au début en recevant le baptême et qui faisait d'eux de vrais chrétiens et non des chrétiens qui n'en avaient que le nom ».

 

L'Évangile est source de joie

Cette rencontre personnelle avec Jésus a un lien avec la joie de l'Évangile selon le prédicateur de la Maison pontificale, car « la joie de l'Évangile ne s'expérimente qu'en établissant une relation intime, de personne à personne, avec Jésus de Nazareth ». D'ailleurs, étymologiquement, Évangile veut dire « bonne et heureuse nouvelle ». Partant du premier chapitre de l'Évangile de Marc, où Jésus dit « Convertissez-vous et croyez », le père Cantalamessa précise que ce ne sont pas « deux choses différentes et successives, mais la même action : convertissez-vous, c'est-à-dire croyez; convertissez-vous en croyant ! ». C'est ainsi que l'Évangile est source de joie.

La Nouvelle Évangélisation doit donc, selon le père Cantalamessa, s'agir « concrètement de créer pour les hommes d'aujourd'hui des occasions qui leur permettent de prendre, dans ce nouveau contexte » la décision de vivre et transmettre l'Évangile. Cela peut passer par « tous les mouvements d'Église, les agrégations laïques et les communautés paroissiales retrouvées », ces « signes d'un nouveau printemps de l'Église » selon l'expression utilisée par saint Jean-Paul II. « Toutes ces réalités constituent un cadre de vie et un outil qui permet à tant de personnes adultes de faire un choix personnel pour le Christ,  de prendre leur baptême au sérieux, de devenir des sujets actifs dans l'Église », souligne le père Cantalamessa.

 

Ne pas oublier l'action de l'Esprit Saint

Pour autant, il ne faut pas non plus réduire l'Évangile « à une seule dimension, celle de la foi, en négligeant les œuvres », avertit le prédicateur de la Maison pontificale. « L’exhortation apostolique du pape François reflète cette synthèse entre foi et œuvres, estime-t-il. Après avoir commencé par parler de la joie de l’Évangile qui remplit le cœur, il rappelle dans le corps de la lettre tous les grands « non » que l’Évangile prononce contre l’égoïsme, l’injustice, l’idolâtrie de l’argent, et tous les grands « oui » qu’il nous encourage à dire au service d’autrui, à l’engagement social, aux pauvres. C’est la démonstration que la rencontre personnelle avec Jésus dont il nous parlait au début de la lettre est loin d’être une expérience intimiste et individualiste ; elle devient, au contraire, le ressort principal pour l’évangélisation et la sanctification personnelle ».

Ce renouvellement de la rencontre avec Jésus comprend également l'action de l'Esprit Saint, comparable au fonctionnement de la respiration humaine. Reprenant une image utilisée par le pape François – « un beau symbole de ce qui doit se passer dans l'organisme spirituel » –, le père Cantalamessa compare ces deux temps de ce mécanisme biologique, l'inspiration puis l'expiration : « nous inspirons l’oxygène qui est l’Esprit Saint en priant, en méditant la parole de Dieu, par les sacrements, la mortification, le silence; nous répandons l’Esprit quand nous allons vers les autres, quand nous annonçons la foi et faisons œuvre de charité ». Le temps de Carême est donc, « par excellence, un temps d'inspiration » conclut le prédicateur de la Maison pontificale, « faisons, en cette période, de profondes respirations ; remplissons d’Esprit Saint les poumons de notre âme, et comme ça, sans nous en rendre compte, notre haleine sentira bon le parfum du Christ ».

Radio Vatican

Crédit photo: Keystone/AP

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Mercredi 18 Février 2015 à 14:27
Pape François rencontre des personnes à la paroisse San Michele.

Tenez ferme (Jc 5, 8)

 

Chers frères et sœurs,

Le Carême est un temps de renouveau pour l’Église, pour les communautés et pour chaque fidèle. Mais c’est surtout un « temps de grâce » (2 Cor 6, 2). Dieu ne nous demande rien qu’il ne nous ait donné auparavant : « Nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 19). Il n’est pas indifférent à nous. Il porte chacun de nous dans son cœur, il nous connaît par notre nom, il prend soin de nous et il nous cherche quand nous l’abandonnons. Chacun de nous l’intéresse ; son amour l’empêche d’être indifférent à ce qui nous arrive. Mais il arrive que, quand nous allons bien et nous sentons à l’aise, nous oublions sûrement de penser aux autres (ce que Dieu le Père ne fait jamais), nous ne nous intéressons plus à leurs problèmes, à leurs souffrances et aux injustices qu’ils subissent… alors notre cœur tombe dans l’indifférence : alors que je vais relativement bien et que je suis à l’aise, j’oublie ceux qui ne vont pas bien. Cette attitude égoïste, d’indifférence, a pris aujourd’hui une dimension mondiale, au point que nous pouvons parler d’une mondialisation de l’indifférence. Il s’agit d’un malaise que, comme chrétiens, nous devons affronter.

Quand le peuple de Dieu se convertit à son amour, il trouve les réponses à ces questions que l’histoire lui pose continuellement. Un des défis les plus urgents sur lesquels je veux m’arrêter dans ce message est celui de la mondialisation de l’indifférence.

L’indifférence envers son prochain et envers Dieu est une tentation réelle même pour nous, chrétiens. C’est pour cela que nous avons besoin d’entendre, lors de chaque Carême, le cri des prophètes qui haussent la voix et qui nous réveillent.

Dieu n’est pas indifférent au monde, mais il l’aime jusqu’à donner son Fils pour le salut de tout homme. Dans l’incarnation, dans la vie terrestre, dans la mort et la résurrection du Fils de Dieu, la porte entre Dieu et l’homme, entre ciel et terre, s’ouvre définitivement. Et l’Église est comme la main qui maintient ouverte cette porte grâce à la proclamation de la Parole, à la célébration des sacrements, au témoignage de la foi qui devient efficace dans la charité (cf. Ga 5, 6). Toutefois, le monde tend à s’enfermer sur lui-même et à fermer cette porte par laquelle Dieu entre dans le monde et le monde en lui. Ainsi, la main, qui est l’Église, ne doit jamais être surprise si elle est repoussée, écrasée et blessée.

C’est pourquoi le peuple de Dieu a besoin de renouveau, pour ne pas devenir indifférent et se renfermer sur lui-même. Je voudrais vous proposer trois pistes à méditer pour ce renouveau.

1. « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1Co 12, 26) – L’Église

La charité de Dieu qui rompt ce mortel enfermement sur soi-même qu’est l’indifférence, nous est offerte par l’Église dans son enseignement et, surtout, dans son témoignage. Cependant, on ne peut témoigner que de ce que l’on a éprouvé auparavant. Le chrétien est celui qui permet à Dieu de le revêtir de sa bonté et de sa miséricorde, de le revêtir du Christ, pour devenir comme lui, serviteur de Dieu et des hommes. La liturgie du Jeudi Saint avec le rite du lavement des pieds nous le rappelle bien. Pierre ne voulait pas que Jésus lui lave les pieds, mais il a ensuite compris que Jésus ne veut pas être seulement un exemple de la manière dont nous devons nous laver les pieds les uns les autres. Ce service ne peut être rendu que par celui qui s’est d’abord laissé laver les pieds par le Christ. Seul celui-là a « part » avec lui (Jn 13, 8) et peut ainsi servir l’homme.

Le Carême est un temps propice pour nous laisser servir par le Christ et ainsi devenir comme lui. Cela advient quand nous écoutons la Parole de Dieu et quand nous recevons les sacrements, en particulier l’Eucharistie. Nous devenons en elle ce que nous recevons : le Corps du Christ. Dans ce corps, cette indifférence qui semble prendre si souvent le pouvoir sur nos cœurs, ne trouve pas de place. Puisque celui qui est du Christ appartient à un seul corps et en lui personne n’est indifférent à l’autre. « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie » (1 Co 12, 26).

L’Église est communio sanctorum parce que les saints y participent, mais aussi parce qu’elle est communion de choses saintes : l’amour de Dieu révélé à nous dans le Christ et tous ses dons. Parmi eux, il y a aussi la réponse de tous ceux qui se laissent atteindre par un tel amour. Dans cette communion des saints et dans cette participation aux choses saintes personne n’a rien en propre, mais ce qu’il possède est pour tout le monde. Et puisque nous sommes liés en Dieu, nous pouvons faire quelque chose aussi pour ceux qui sont loin, pour ceux que nous ne pourrions jamais rejoindre par nos propres forces, parce que nous prions Dieu avec eux et pour eux afin que nous nous ouvrions tous à son œuvre de salut.

2. « Où est ton frère ? » (Gn 4, 9) – Les paroisses et les communautés

Il est nécessaire de traduire tout ce qui est dit par l’Église universelle dans la vie des paroisses et des communautés. Réussit-on dans ces réalités ecclésiales à faire l’expérience d’appartenir à un seul corps ? Un corps qui en même temps reçoit et partage tout ce que Dieu veut donner ? Un corps qui connaît et qui prend soin de ses membres les plus faibles, les plus pauvres et les plus petits ? Ou bien nous réfugions-nous dans un amour universel qui s’engage de loin dans le monde, mais qui oublie le Lazare assis devant sa propre porte fermée ? (cf. Lc 16, 19-31).

Pour recevoir et faire fructifier pleinement ce que Dieu nous donne, il faut dépasser les frontières de l’Église visible dans deux directions.

En premier lieu, en nous unissant à l’Église du ciel dans la prière. Quand l’Église terrestre prie, s’instaure une communion de service réciproque et de bien qui parvient jusqu’en la présence de Dieu. Avec les saints qui ont trouvé leur plénitude en Dieu, nous faisons partie de cette communion dans laquelle l’indifférence est vaincue par l’amour. L’Église du ciel n’est pas triomphante parce qu’elle a tourné le dos aux souffrances du monde et se réjouit toute seule. Au contraire, les saints peuvent déjà contempler et jouir du fait que, avec la mort et la résurrection de Jésus, ils ont vaincu définitivement l’indifférence, la dureté du cœur et la haine. Tant que cette victoire de l’amour ne pénètre pas le monde entier, les saints marchent avec nous qui sommes encore pèlerins. Sainte Thérèse de Lisieux, docteur de l’Église, convaincue que la joie dans le ciel par la victoire de l’amour crucifié n’est pas complète tant qu’un seul homme sur la terre souffre et gémit, écrivait : « Je compte bien ne pas rester inactive au Ciel, mon désir est de travailler encore pour l'Église et les âmes » (Lettre 254, 14 juillet 1897).

Nous aussi, nous participons aux mérites et à la joie des saints et eux participent à notre lutte et à notre désir de paix et de réconciliation. Leur joie de la victoire du Christ ressuscité nous est un motif de force pour dépasser tant de formes d’indifférence et de dureté du cœur.

D’autre part, chaque communauté chrétienne est appelée à franchir le seuil qui la met en relation avec la société qui l’entoure, avec les pauvres et ceux qui sont loin. L’Église est, par nature, missionnaire, et elle n’est pas repliée sur elle-même, mais envoyée à tous les hommes.

Cette mission est le patient témoignage de celui qui veut porter au Père toute la réalité et chaque homme. La mission est ce que l’amour ne peut pas taire. L’Église suit Jésus Christ sur la route qui la conduit vers tout homme, jusqu’aux confins de la terre (cf. Ac 1,8). Nous pouvons ainsi voir dans notre prochain le frère et la sœur pour lesquels le Christ est mort et ressuscité. Tout ce que nous avons reçu, nous l’avons reçu aussi pour eux. Et pareillement, ce que ces frères possèdent est un don pour l’Église et pour l’humanité entière.

Chers frères et sœurs, je désire tant que les lieux où se manifeste l’Église, en particulier nos paroisses et nos communautés, deviennent des îles de miséricorde au milieu de la mer de l’indifférence !

3. « Tenez ferme » (Jc 5, 8) – Chaque fidèle

Même en tant qu’individu nous avons la tentation de l’indifférence. Nous sommes saturés de nouvelles et d’images bouleversantes qui nous racontent la souffrance humaine et nous sentons en même temps toute notre incapacité à intervenir. Que faire pour ne pas se laisser absorber par cette spirale de peur et d’impuissance ?

Tout d’abord, nous pouvons prier dans la communion de l’Église terrestre et céleste. Ne négligeons pas la force de la prière de tant de personnes ! L’initiative 24 heures pour le Seigneur, qui, j’espère, aura lieu dans toute l’Église, même au niveau diocésain, les 13 et 14 mars, veut montrer cette nécessité de la prière.

Ensuite, nous pouvons aider par des gestes de charité, rejoignant aussi bien ceux qui sont proches que ceux qui sont loin, grâce aux nombreux organismes de charité de l’Église. Le Carême est un temps propice pour montrer cet intérêt envers l’autre par un signe, même petit, mais concret, de notre participation à notre humanité commune.

Enfin, la souffrance de l’autre constitue un appel à la conversion parce que le besoin du frère me rappelle la fragilité de ma vie, ma dépendance envers Dieu et mes frères. Si nous demandons humblement la grâce de Dieu et que nous acceptons les limites de nos possibilités, alors nous aurons confiance dans les possibilités infinies que l’amour de Dieu a en réserve. Et nous pourrons résister à la tentation diabolique qui nous fait croire que nous pouvons nous sauver et sauver le monde tout seuls.

Pour dépasser l’indifférence et nos prétentions de toute-puissance, je voudrais demander à tous de vivre ce temps de Carême comme un parcours de formation du cœur, comme l’a dit Benoît XVI (cf. Deus caritas est, n. 31). Avoir un cœur miséricordieux ne veut pas dire avoir un cœur faible. Celui qui veut être miséricordieux a besoin d’un cœur fort, solide, fermé au tentateur, mais ouvert à Dieu. Un cœur qui se laisse pénétrer par l’Esprit et porter sur les voies de l’amour qui conduisent à nos frères et à nos sœurs. Au fond, un cœur pauvre, qui connaisse en fait ses propres pauvretés et qui se dépense pour l’autre.

Pour cela, chers frères et sœurs, je désire prier avec vous le Christ en ce Carême : « Fac cor nostrum secundum cor tuum » : « Rends notre cœur semblable au tien » (Litanies du Sacré-Cœur de Jésus). Alors nous aurons un cœur fort et miséricordieux, vigilant et généreux, qui ne se laisse pas enfermer en lui-même et qui ne tombe pas dans le vertige de la mondialisation de l’indifférence.

Avec ce souhait, je vous assure de ma prière afin que chaque croyant et chaque communauté ecclésiale parcourt avec fruit le chemin du Carême, et je vous demande de prier pour moi. Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge Marie vous garde.

 

Du Vatican, le 4 octobre 2014

Fête de saint François d’Assise

François

Le Vatican

Crédit photo: L'Osservatore Romano

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Jeudi 12 Février 2015 à 14:24
Saint-Pierre de Rome: vigile pour le Synode sur la Famille

Quelque 160 cardinaux venus du monde entier sont, depuis jeudi matin et pour deux jours, réunis au Vatican pour un consistoire, autour du pape François, consacré en grande partie au projet de réorganisation de la Curie romaine. L’objectif, le Saint-Père l’a rappelé dans son discours d’ouverture, est de « favoriser une plus grande harmonie dans le travail des différents dicastères et bureaux, afin de réaliser une collaboration plus efficace, dans cette transparence absolue qui contribue à une authentique synodalité et collégialité ». Pour cela le Pape a demandé « du temps, de la détermination, et surtout la collaboration de tous ».

Parmi les cardinaux présents en salle du Synode : l’un des plus jeunes au monde, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, au Canada, créé cardinal par le pape François lors du consistoire de 2014. Hélène Destombes l’a rencontré au terme de la première matinée de travaux. Il revient sur le discours du Saint-Père et nous livre son sentiment sur cette nouvelle réforme:

« Les objectifs, c’est d’abord de trouver pour la Curie romaine une harmonie dans le travail, travailler vraiment ensemble. Comment doit circuler l’information ? Comment on va réussir à partager, entre nous et spécialement pour ceux qui travaillent, ici, à la Curie romaine le travail, l’information pour qu’on puisse mieux servir la mission de l’Église. C’était la première chose. Ce qu’il a aussi dit d’important, c’est que pour qu’on arrive à cette harmonie, on doit avoir une collaboration et une transparence absolue de tout le monde. Cette collaboration nous rendra plus efficaces. »

Il a beaucoup insisté sur la nécessité de cette collaboration de tous. Vous avez senti, au sein du collège cardinalice, cette volonté d’avancer ensemble ?

- Oui, évidemment, par les interventions. Le Pape le rappelait et certains l’ont rappelé aussi. Dans les congrégations, avant le Conclave, il y avait déjà un grand désir de réforme. Le Pape répond à ce désir-là. Alors évidemment les cardinaux qui étaient là avant le conclave sont, pour la plupart, encore là aujourd’hui. Ils voient que ça avance, que le Saint-Père a pris au sérieux cette demande et qu’il y travaille avec un conseil de neuf mais aussi de façon élargie. Il a beaucoup consulté les chefs de dicastères. Les dicastères ont été informés et ont apporté des suggestions et beaucoup d’autres personnes ont été consultées également.

Le Saint-Père a précisé que la réforme entendait perfectionner l’identité de la Curie romaine. Quel doit être aujourd’hui cette identité ?

- Une identité de service. D’abord, service au Saint-Père pour l’aider dans sa mission pétrinienne. Mais service à la mission de l’Église et aux Églises locales. Il le dit à quelques reprises-je ne révèle pas de secrets, on l’a entendu dans certains de ses discours -le Pape dit : lorsqu’on est évêque, venir ici, à la Curie romaine, ne doit pas être comme passer à la douane. On doit venir ici pour recevoir l’appui, l’orientation, les outils nécessaires pour poursuivre notre mission, l’encouragement. Alors, l’identité de la Curie, elle doit être là pour aider Église à réaliser sa mission, l’aider à réfléchir, l’aider aux grandes orientations, à clarifier des questions, tantôt d’ordre doctrinal, tantôt d’ordre pastoral, liturgique ou autre.

Cette réforme suscite interrogations, enthousiasme, mais aussi une certaine inquiétude. Qu’avez-vous perçu parmi les quelque 160 cardinaux présents actuellement à Rome, venus du monde entier.

- Ce matin, je n’ai rien perçu comme inquiétude. Mais il ne faut pas se mettre la tête dans le sable. Toute réforme suscite de l’inquiétude. Tout changement, aussi petit soit-il, provoque de l’inquiétude, parfois de la peur. Ce ne serait pas surprenant. Évidemment, nous sommes un groupe mais il y a là un grand défi. Nous venons de toutes les parties du monde, de tous les continents. Nous sommes de différentes cultures, de différentes langues, de différentes traditions. Nous sommes tous catholiques mais pas tous romains. Il y a d’autres traditions dans notre Église qui enrichissent ce que nous sommes. Nous sommes de différentes générations. Il y a différentes écoles de pensée. Évidemment, rassembler tout ce monde-là et regarder l’avenir, regarder cette réforme que souhaite le Pape et que souhaite l’Église, c’est exigeant mais un changement est nécessaire ! Ça a été très bien exprimé et on va travailler ensemble pour y parvenir.

Cette nouvelle réforme intervient après celle de 1908, 1967 et 1988 avec la constitution apostolique Pastor Bonus. Chaque constitution s’inscrivait dans un contexte bien précis. Aujourd’hui, quelle est la priorité, la première urgence ?

 - Je sens très fort que le Saint-Père veut que nous redevenions crédibles. D’ailleurs, il a encore insisté très fort ce matin sur le témoignage : donner un vrai témoignage chrétien. Ce n’est pas seulement pour les gens qui sont sur le terrain et un peu partout à travers le monde. La curie, les employés, les gens qui travaillent ici, les collaborateurs plus rapprochés du Saint-Père qui doivent nous donner un témoignage de vie chrétienne. Il le dit à plusieurs reprises. Il faudra arriver à sortir de ce carriérisme, de cette recherche de pouvoir. Et le Pape veut absolument qu’on ne soit pas d’abord préoccupé par l’organisation, mais la Mission. Alors, c’est très important dans cette réforme pour qu’on soit davantage des disciples missionnaires, comme il l’exprime souvent et qu’on lit dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium.

Vous venez d’évoquer Evangelii Gaudium. Dans cette exhortation, le Pape évoque une décentralisation salutaire. La réforme doit prendre en compte cette nécessité, refléter cette nécessité ?

- Oui, évidemment. C’est un travail que le Concile Vatican II a mis de l’avant de façon très importante,  il y a déjà 50 ans et plus. Mais vous savez, la réforme, ça prend du temps. La conversion prend du temps. Et on doit continuer dans ce sens-là. Il me semble que ce que nous sommes en train de vivre avec le pape François est vraiment, enfin, l’aboutissement des grands souhaits du Concile Vatican II. Il est bien évident qu’on avait fait des pas, plusieurs grands pas. Mais là, c’est comme si on va faire un pas de géant et c’est salutaire.

 

Radio Vatican

Crédit photo: News.va / © Mazur/catholicnews.org.uk

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Vendredi 23 Janvier 2015 à 11:13
Une famille Philippine donne son témoignage au Pape, à Manilles.

Il n’existe pas de familles parfaites, mais il ne faut pas avoir peur de l’imperfection. C’est le pape François qui l’affirme dans un texte rendu public vendredi. C’est en effet à la famille qu’il a voulu consacrer son message annuel pour la Journée mondiale des communications sociales publié à la veille de la fête de saint François de Sales, patron des journalistes. (Texte intégral : Communiquer la famille : milieu privilégié de la rencontre dans la gratuité de l'amour)

 

Car, écrit-il, la famille est une école de communication et non pas un objet de batailles idéologiques. Le Saint-Père invite à ne pas craindre les conflits, mais à les affronter de manière constructive. C’est au sein de la famille, plus que partout ailleurs, qu’on découvre ses propres limites et celles des autres, ainsi que les problèmes petits et grands de la coexistence. La famille peut devenir une école de pardon. Un enfant qui apprend au sein de sa famille à écouter les autres, à parler avec respect, à exprimer son point de vue sans nier celui des autres deviendra un bâtisseur de dialogue et de réconciliation dans la société.

Le pape François invite à redécouvrir que la famille est toujours une grande ressource et pas un problème ou une institution en crise. Il regrette que les médias la présentent comme un modèle abstrait qu’il faut accepter ou refuser, défendre ou attaquer, comme une idéologie des uns contre les autres alors qu’il s’agit d’une réalité concrète qui doit être vécue. L’information est certes importante, reconnaît-il, mais elle ne suffit pas. Trop souvent elle simplifie, elle oppose les différences et renvoie dos à dos au lieu de proposer un regard d’ensemble.

Il faut réapprendre à raconter et pas seulement à produire et à consommer des informations. La communication doit donc devenir plus authentique et humaine. Le Souverain Pontife invite donc les journalistes à comprendre que les voix sont multiples et que chacune est irremplaçable, surtout dans une société marquée par les médisances, les bavardages et la zizanie. Le défi est de taille, car aujourd’hui les nouveaux médias occupent une place importante notamment auprès des plus jeunes. Ils peuvent entraver la communication s’ils deviennent un moyen de se soustraire à l’écoute des autres, de s’isoler, de combler tous les silences. Ils peuvent au contraire aider à renouer ou à garder des contacts, à remercier ou à demander pardon. D’où la nécessité d’orienter les nouvelles technologies plutôt que de se laisser guider par elles.

Quant aux familles, le pape François les exhorte à ne pas lutter pour défendre le passé mais à travailler, avec patience et confiance dans leurs milieux de vie, pour construire l’avenir. Après l’assemblée extraordinaire d’octobre dernier, un autre synode des évêques sera consacré à la famille en octobre prochain. C’est dire l’importance que le Souverain Pontife attache à cette thématique. 

Radio Vatican

Crédit photo: L'Osservatore Romano

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