Actualité

Jeudi 28 Février 2013 à 12:31
Dernière audience générale de Benoît XVI

27 février 2013 - Place Saint-Pierre, Vatican

 

Vénérés frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,

Illustres autorités,

Chers frères et sœurs,

 

Je vous remercie d’être venus si nombreux à ma dernière audience générale.

Merci de tout cœur! Je suis véritablement ému! Et je vois l’Église vivante! Et je pense que nous devons également rendre grâce au Créateur pour le beau temps qu’il nous donne en ce moment, alors que nous sommes encore en hiver.

Comme l’apôtre Paul dans le texte biblique que nous avons écouté, je sens moi aussi dans mon cœur le devoir de rendre surtout grâce à Dieu, qui guide et fait croître l’Église, qui sème sa Parole et nourrit ainsi la foi dans son Peuple. En ce moment, mon âme s’étend et embrasse toute l’Église présente dans le monde; et je rends grâce à Dieu pour les « nouvelles » qu’en ces années du ministère pétrinien, j’ai pu recevoir en ce qui concerne la foi dans le Seigneur Jésus Christ, et de la charité qui circule réellement dans le Corps de l’Église et le fait vivre dans l’amour, et de l’espérance qui nous ouvre et nous oriente vers la vie en plénitude, vers la patrie du Ciel.

Je sens que je vous porte tous dans la prière, dans un présent qui est celui de Dieu, où je recueille chaque rencontre, chaque voyage, chaque visite pastorale. Je recueille tout et tous dans la prière pour les confier au Seigneur: car nous connaissons pleinement sa volonté, avec toute la sagesse et l’intelligence spirituelle, et parce que nous pouvons nous comporter de façon digne de lui, de son amour, en portant des fruits dans chaque bonne œuvre (cf. Col 1, 9).

En ce moment, il y a en moi une grande confiance, parce que je sais, nous savons tous, que la Parole de vérité de l’Évangile est la force de l’Église, est sa vie. L’Évangile purifie et renouvelle, il porte du fruit, partout où la communauté des croyants l’écoute et accueille la grâce de Dieu dans la vérité et dans la charité. Telle est ma confiance, telle est ma joie.

La barque de l’Église appartient à Dieu

Lorsque, le 19 avril d’il y a presque huit ans, j’ai accepté d’assumer le ministère pétrinien, j’ai eu la ferme certitude qui m’a toujours accompagné: cette certitude de la vie de l’Église qui vient de la Parole de Dieu. En ce moment, comme je l’ai déjà exprimé plusieurs fois, les paroles qui ont retenti dans mon cœur ont été: Seigneur, pourquoi me demandes-tu cela et que me demandes-tu? C’est un lourd fardeau que tu déposes sur mes épaules, mais si Tu me le demandes, sur ta parole, je jetterai les filets, certain que tu me guideras, même avec toutes mes faiblesses. Et huit ans plus tard, je peux dire que le Seigneur m’a guidé, il a été proche de moi, j’ai pu percevoir chaque jour sa présence.

Cela a été un bout de chemin de l’Église qui a eu des moments de joie et de lumière, mais également des moments difficiles; je me suis senti comme saint Pierre avec les apôtres sur la barque du lac de Galilée: le Seigneur nous a donné tant de jours de soleil et de brise légère, des jours où la pêche a été abondante; il y a eu également des moments où les eaux étaient agitées et le vent contraire, comme dans toute l’histoire de l’Église, et le Seigneur semblait dormir. Mais j’ai toujours su que dans cette barque, il y a le Seigneur et j’ai toujours su que la barque de l’Église n’est pas la mienne, n’est pas la nôtre, mais est la sienne. Et le Seigneur ne la laisse pas couler; c’est lui qui la conduit, certainement également à travers les hommes qu’il a choisis, parce qu’il en a voulu ainsi. Cela a été et est une certitude, que personne ne peut voiler. Et c’est pour cela aussi qu’aujourd’hui, mon cœur est empli d’action de grâce à Dieu parce qu’il n’a jamais fait manquer à toute l’Église et à moi également son réconfort, sa lumière, son amour.

Que chacun se sente aimé par Dieu

Nous sommes en l’Année de la foi, que j’ai voulue pour renforcer justement notre foi en Dieu dans un contexte qui semble le mettre toujours davantage au second plan. Je voudrais vous inviter tous à renouveler la ferme confiance dans le Seigneur, à nous confier comme des enfants entre les bras de Dieu, certains que ces bras nous soutiennent toujours et sont ce qui nous permet de cheminer chaque jour, même dans les difficultés. Je voudrais que chacun se sente aimé par ce Dieu qui a donné son Fils pour nous et qui nous a montré son amour sans limites. Je voudrais que chacun sente la joie d’être chrétien. Dans une belle prière à réciter quotidiennement tous les matins, il est dit: « Je t’adore, mon Dieu, et je t’aime de tout mon cœur. Je te remercie de m’avoir créé, fait chrétien... » Oui, soyons heureux pour le don de la foi; c’est le bien le plus précieux, que personne ne peut nous ôter! Rendons grâce pour cela au Seigneur chaque jour, par la prière et par une vie chrétienne cohérente. Dieu nous aime, mais attend que nous aussi nous l’aimions!

« Je voudrais que mes remerciements arrivent à tous »

Mais je ne veux pas seulement rendre grâce à Dieu en ce moment. Un Pape n’est pas seul à la tête de la barque de Pierre,  même si c’est sa première responsabilité. Je ne me suis jamais senti seul pour porter la joie et le poids du ministère pétrinien; le Seigneur a placé à mes côtés un grand nombre de personnes qui, avec générosité et amour pour Dieu et pour l’Église, m’ont aidé et ont été proches de moi.

Tout d’abord vous, chers frères cardinaux: votre sagesse, vos conseils, votre amitié ont été pour moi précieux; mes collaborateurs, à commencer par mon secrétaire d’État qui m’a accompagné avec fidélité ces dernières années; la secrétairerie d’État et toute la Curie romaine, ainsi que tous ceux qui, dans les différents secteurs, prêtent leur service au Saint-Siège: ce sont autant de visages qui n’apparaissent pas, restent dans l’ombre, mais précisément dans ce silence, dans le dévouement quotidien avec un esprit de foi et d’humilité, ils ont été pour moi un soutien sûr et fiable.

Une pensée spéciale va à l’Église de Rome, mon diocèse! Je ne peux pas oublier mes frères dans l’épiscopat et dans la prêtrise, les personnes consacrées et tout le peuple de Dieu: lors des visites pastorales, des rencontres, des audiences, des voyages, j’ai toujours perçu une grande attention et une affection profonde; mais moi aussi j’ai eu beaucoup d’affection pour tous et chacun, sans distinctions, avec cette charité pastorale, qui est le cœur de tout pasteur, surtout de l’Évêque de Rome, du Successeur de l’apôtre Pierre. Chaque jour j’ai porté chacun de vous dans mes prières avec le cœur d’un père.

Je voudrais que mon salut et mes remerciements arrivent ensuite à tous: le cœur d’un Pape s’élargit au monde entier. Et je voudrais exprimer ma gratitude au Corps diplomatique, près le Saint-Siège, qui rend présent la grande famille des nations. Je pense aussi ici à tous ceux qui ont travaillé pour une bonne communication et que je remercie de leur important service.

L’Église est vivante aujourd’hui

Et maintenant je voudrais remercier vraiment de tout cœur aussi toutes les nombreuses personnes dans le monde entier, qui ces dernières semaines m’ont envoyé des signes émouvants d’attention, d’amitié et de prière. Oui, le Pape n’est jamais seul, j’en ai fait à présent encore une fois l’expérience de manière si forte que cela me touche au cœur. Le Pape appartient à tous et un très grand nombre de personnes se sentent très proches de lui. C’est vrai que je reçois des lettres des grands de ce monde — des chefs d’État, des chefs religieux, des représentants du monde de la culture, etc. Mais je reçois aussi beaucoup de lettres de personnes simples qui m’écrivent simplement avec leur cœur et me transmettent leur affection, qui naît d’être ensemble avec Jésus Christ, dans l’Église. Ces personnes ne m’écrivent pas comme on écrit par exemple à un prince ou à un grand que l’on ne connaît pas. Elles m’écrivent comme des frères et sœurs ou comme des fils et filles, avec le sens d’un lien familier très affectueux. Ici on peut toucher du doigt ce qu’est l’Église — non pas une organisation, une association à des fins religieuses ou humanitaires, mais un corps vivant, une communion de frères et sœurs dans le Corps de Jésus Christ, qui nous unit tous. Faire l’expérience de l’Église de cette manière et pouvoir presque toucher des mains la force de sa vérité et de son amour est un motif de joie, à une époque où ils sont si nombreux à parler de son déclin. Mais nous voyons combien l’Église est vivante aujourd’hui!

« Je n’abandonne pas la croix, mais je reste de manière nouvelle auprès du Seigneur Crucifié »

Au cours de ces derniers mois, j’ai senti que mes forces avaient diminué, et j’ai demandé à Dieu avec insistance, dans la prière, de m’illuminer par sa lumière pour me faire prendre la décision la plus juste non pour mon bien, mais pour le bien de l’Église. J’ai accompli ce pas dans la pleine conscience de sa gravité et également de sa nouveauté, mais avec une profonde sérénité d’âme. Aimer l’Église signifie également avoir le courage de faire des choix difficiles, soufferts, en ayant toujours à l’esprit le bien de l’Église et pas soi-même.

Permettez-moi ici de revenir encore une fois au 19 avril 2005. La gravité de la décision a été précisément aussi dans le fait  qu’à partir de ce moment j’étais toujours engagé, et pour toujours, par le Seigneur. Celui qui assume le ministère pétrinien n’a plus jamais de vie privée. Il appartient toujours et totalement à tous, à toute l’Église. On enlève totalement à sa vie, pour ainsi dire, la dimension privée. J’ai pu faire l’expérience,  et j’en fais l’expérience précisément à présent, qu’une personne reçoit la vie précisément quand elle la donne. Auparavant, j’ai dit que de nombreuses personnes qui aiment le Seigneur aiment également le Successeur de saint Pierre et sont attachées à lui; que le Pape a vraiment des frères et des sœurs, des fils et des filles dans le monde entier, et qu’il se sent en sécurité dans l’étreinte de votre communion; car il n’appartient plus à lui-même, il appartient à tous et tous lui appartiennent.

Le « toujours » est également un « pour toujours » — il n’y a plus de retour dans le privé. Ma décision de renoncer à l’exercice actif du ministère ne révoque pas cela. Je ne retourne pas à la vie privée, à une vie de voyages, de rencontres, de réceptions, de conférences, etc. Je n’abandonne pas la croix, mais je reste de manière nouvelle auprès du Seigneur Crucifié. Je ne porte plus le pouvoir de la charge du gouvernement de l’Église, mais dans le service de la prière je reste, pour ainsi dire, dans l’enceinte de Saint-Pierre. Saint Benoît, dont je porte le nom comme Pape, sera pour moi un grand exemple en cela. Il nous a montré la voie d’une vie qui, active ou passive, appartient totalement à l’œuvre de Dieu.

Conclusion

Je remercie tous et chacun également pour le respect et la compréhension avec lesquels vous avez accueilli cette décision si importante. Je continuerai à accompagner le chemin de l’Église par la prière et la réflexion, avec ce dévouement au Seigneur et à son Épouse que j’ai cherché à vivre jusqu’à présent chaque jour et que je voudrais vivre toujours. Je vous demande de vous rappeler de moi devant Dieu, et surtout de prier pour les cardinaux, appelés à une tâche si importante, et pour le nouveau Successeur de l’apôtre Pierre: que le Seigneur l’accompagne par la lumière et la force de son Esprit.

Invoquons l’intercession maternelle de la Vierge Marie, Mère de Dieu et de l’Église, afin qu’elle accompagne chacun de nous et toute la communauté ecclésiale; confions-nous à elle avec une profonde confiance.

Chers amis! Dieu guide son Église, il la soutient toujours également et surtout dans les moments difficiles. Ne perdons jamais cette vision de la foi, qui est l’unique véritable vision du chemin de l’Église et du monde. Que dans notre cœur, dans le cœur de chacun de vous, règne toujours la joyeuse certitude que le Seigneur est à nos côtés, qu’il ne nous abandonne pas, qu’il est proche de nous et qu’il nous entoure de son amour.

Merci!

       

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Lundi 18 Février 2013 à 12:10
Collège jésuite Saint François-Xavier, à Fianarantsoa, Madagascar

C’est ma première fois à Madagascar. Je découvre un pays, une culture et des personnes magnifiques, extrêmement accueillantes. À la capitale malgache d’Antananarivo, ce qui me frappe c'est le calme avec lequel vont les choses. Imaginez : une ville de quelques 2 000 000 d'habitants, sans feux de circulation! Et ça fonctionne très bien.

En ce moment c'est la saison des ouragans à Madagascar. Mais cela ne nous empêche pas de faire un beau voyage et de visiter les missions que nous aidons, de voir les projets qui s’y rattachent.

« Les OPM font vraiment la différence »

Le mercredi des Cendres, j’ai célébré la messe avec Mgr Fidélis Radotonarivo, s.j., évêque du diocèse d’Ambositra situé au sud du pays. C’était dans un centre catéchétique, un projet qui reçoit de l’aide cette année de la part de l’Œuvre pontificale de la propagation de la foi. Je peux vous confirmer que les subsides pour la catéchèse sont vraiment utiles.

Force est de constater que Œuvres pontificales missionnaires (OPM) font vraiment la différence dans les diocèses. Il y a beaucoup de beaux projets qui se réalisent. Les gens sont heureux de voir que je me suis déplacé pour les visiter. Ils sont étonnés que je fasse une aussi grande distance pour les rencontrer. Je vous transmets leurs nombreux remerciements.

Ce qui est beau également, c'est de rencontrer des prêtres qui sont ordonnés depuis 10 ou 15 ans, qui me demandent des nouvelles de leur parrain ou marraine qui, grâce à l’Œuvre de Saint-Pierre-Apôtre, les ont soutenus financièrement et spirituellement lorsqu’ils étaient en formation au séminaire. Ces prêtres se souviennent encore des noms de leur parrain : un M. Ouellet ou une Mme Tremblay... C’est vraiment touchant.

Les pauvres du Seigneur

Vendredi, presque une semaine après mon arrivée à Madagascar, je compte 8 projets visités. Les OPM sont un encouragement pour des milliers de personnes, principalement pour les plus pauvres de notre monde.

Ce matin, le père Simon-Raphaël Randrianalimanana, directeur national des OPM à Madagascar, Mgr Fidélis, et moi-même, avons célébrés la sainte Eucharistie dans un hôpital psychiatrique maintenu par les Sœurs de la Charité où 35 personnes dont 15 enfants lourdement handicapées, sont prises en charge.

Quelle Eucharistie!  Un moment d’émotion, de vérité et de prière. Qui de mieux pour prier que le pauvre devant son Seigneur. Et qui sont les pauvres du Seigneur? Et bien les petits, les enfants, les personnes les plus vulnérables, celles délaissées, abandonnées, mais aimées du Seigneur. Ces célébrations me touchent profondément. Aucune photo ne peut rapporter l’émotion de ces rencontres et de cette action de grâce. Le visage du petit Mathieu est gravé dans mon cœur… Celui de Justine aussi !  Une rencontre, un sourire, un repas partagé… rien de plus.  Ce qui me touche le plus ce sont les poigné de mains des pauvres. Ils embrassent nos mains, alors que ce devrait être nous qui devions embrasser leurs mains et laver leurs pieds.

 

P. André Gagnon, s.j.

Directeur national des OPM au Canada francophone

Photo: collège jésuite Saint François-Xavier, à Fianarantsoa, Madagascar. / © OPM Canada francophone

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Mercredi 13 Février 2013 à 14:02

Allocution de Benoît XVI lors de son audience générale du mercredi, un moment autant inusité que touchant puisque c’était la première fois que le Pape s’adressait au public depuis le 11 février quand il avait annoncé qu’il renonçait à son ministère comme pasteur de l’Église catholique.

Voici, en français, les mots qu’il a adressés en italien :

 

Chers frères et sœurs,

Comme vous le savez, j’ai décidé (applaudissements) – merci pour votre sympathie –, j’ai décidé de renoncer au ministère que le Seigneur m’a confié le 19 avril 2005.

Je l’ai fait en pleine liberté pour le bien de l’Église, après avoir longuement prié et avoir examiné ma conscience devant Dieu, bien conscient de la gravité d’un tel acte, mais en même temps conscient de n’être plus en mesure d’accomplir le ministère pétrinien avec la force qu’il demande.

La certitude que l’Église est du Christ me soutient et m’éclaire. Celui-ci ne cessera jamais de la guider et d’en prendre soin.

Je vous remercie tous pour l’amour et la prière avec lesquels vous m’avez accompagné (applaudissements) – merci, j’ai senti presque physiquement au cours de ces jours qui ne sont pas faciles pour moi, la force de la prière que me donne l’amour de l’Église, que votre prière me porte.

Continuez à prier pour moi, pour l’Église, pour le futur Pape. Le Seigneur nous guidera.

 

 

Photo © AFP / Filippo Monteforte

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Mardi 12 Février 2013 à 15:34

Stupeur, surprise, étonnement, émotion aux paroles de Benoît XVI qui a communiqué sa décision de « renoncer au ministère d’Évêque de Rome », peut-on lire dans l’Observatore Romano. Autant de sentiments qui se sont dessinés sur les visages des cardinaux et des prélats qui – réunis pour le Consistoire ordinaire public de lundi matin 11 février, dans la salle du consistoire du palais apostolique – ont entendu de vive voix par le Pape cette annonce inattendue.

Les regards de tous se sont croisés, un léger bruissement s’est levé dans la salle et l’étonnement s’est transformé en regret. Mais passés les premiers moments d’égarement, s’est levée chez tous ceux qui étaient présents la reconnaissance unanime que le geste accompli par le Pape est un acte d’humilité très élevé.

Une décision qui a saisi tout le monde de surprise. Et que le Pape a voulu communiquer personnellement lorsque, à la fin de la célébration de l’Ora media et après l’annonce que le 12 mai prochain se tiendraient les trois canonisations à l’ordre du jour du Consistoire, il a lu le texte latin de la Declaratio écrite de sa propre main.

Frères très chers,

Je vous ai convoqués à ce Consistoire non seulement pour les trois canonisations, mais également pour vous communiquer une décision de grande importance pour la vie de l’Église. Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière. Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Évangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié. C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire.

Frères très chers, du fond du cœur je vous remercie pour tout l’amour et le travail avec lequel vous avez porté avec moi le poids de mon ministère et je demande pardon pour tous mes défauts. Maintenant, confions la Sainte Église de Dieu aux soins de son Souverain Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ, et implorons sa sainte Mère, Marie, afin qu’elle assiste de sa bonté maternelle les pères Cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife. Quant à moi, puissé-je servir de tout cœur, aussi dans l’avenir, la Sainte Église de Dieu par une vie consacrée à la prière.

D’un moment de prière et de joie, l’atmosphère s’est emplie de tristesse. C’est le cardinal  Angelo Sodano, doyen du Collège cardinalice, qui s’en est fait le porte-parole, en prononçant immédiatement quelques mots au nom de tous les cardinaux. « Votre Sainteté, aimé et vénéré successeur de Pierre, a-t-il dit,  votre message plein d’émotion a résonné dans cette salle comme un éclair dans le ciel. Nous l’avons écouté avec un sentiment d’égarement, presque tout à fait incrédules. Dans vos paroles, nous avons noté la grande affection que vous avez toujours démontrée pour la sainte Église de Dieu, pour cette Église que vous avez tant aimée ». 

Votre mission, a-t-il conclu, « continuera toutefois. Vous avez dit que vous nous serez toujours proche par votre témoignage et votre prière. Bien sûr, les étoiles dans le ciel continuent de briller et ainsi brillera toujours au milieu de nous l’étoile de votre pontificat. Nous sommes proches de vous, Très Saint-Père, et bénissez-nous ».

Explications de la salle de presse

Le père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège a convoqué en urgence les journalistes en milieu de journée lundi, peu après l’annonce de démission du Pape, annonçait-on sur le site de Radio-Vatican. La décision de Benoît XVI de renoncer à ses fonctions d’évêque de Rome n'est pas le fruit de pressions extérieures, mais simplement le « désir de rester dans l'obéissance à la Parole de Dieu » a précisé le père Lombardi. Devant plusieurs centaines de journalistes, qui ont pris d’assaut la salle de presse, le père Lombardi a expliqué avec attention les raisons qui ont poussé le Pape à quitter ses fonctions à partir du 28 février à 20h00. Il a également développé les grandes étapes qui vont suivre la démission du Pape jusqu’à l’élection du nouveau successeur de Pierre.

« On peut imaginer qu’un nouveau Pape présidera les célébrations de Pâques », c’est l’une des hypothèses émises par le Père Lombardi lors du point presse. Un conclave devrait ainsi être organisé dans les 15-20 jours suivant la démission de Benoît XVI, mais le Pape n’y participera pas, à bien précisé le père Lombardi. À partir du 1er mars, Benoît XVI se déplacera dans un premier temps dans sa résidence de Castel Gandolfo puis il retournera au Vatican, dans le monastère de religieuses cloîtrées, actuellement en rénovation, pour continuer à servir l'Église « à travers une vie dédiée à la prière » et à la réflexion.

Le directeur de la salle de presse du Saint-Siège a également expliqué que Benoît XVI a donné sa résignation librement, conformément à l'article 332 §2 du Code de droit canon : « S'il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu'elle soit dûment manifestée, mais non pas qu'elle soit acceptée par qui que ce soit ».

Le Père Lombardi a bien précisé qu’aucune maladie, ni même dépression n’a poussé le Pape à prendre une telle décision, d’ailleurs, jusqu’au 28 février aucune modification du programme de Benoît XVI n’est à prévoir. Les célébrations du mercredi des Cendres, l’audience générale ainsi que l’Angélus de dimanche auront bien lieu comme prévu.

Réactions de l’Église au Canada

Joint par Internet à la ville d’Antananarivo (Madagascar), le père André Gagnon, s.j., directeur national des OPM au Canada francophone, a tenu à rappeler les propos de Joseph Ratzinger lors d’un entretien : « L’Église peut précisément être moderne en étant antimoderne, en s’opposant à l’opinion commune. À l’Église incombe un rôle de contradiction prophétique et elle doit en avoir le courage ».

C’est ainsi que le père Gagnon veut « rendre grâce pour la lucidité, les lumières et la sagesse du Saint-Père Benoît XVI, un Pape humble et sage, qui a écouté et donné à l'Église un élan nouveau.»

De son côté, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) s’est prononcée par une déclaration de son président, Mgr Pierre-André Fournier, archevêque de Rimouski, dans laquelle il exprime combien la renonciation du Saint-Père leur a « surpris et bouleversés. » Et d’ajouter, « nous perdrons un pasteur, un maître et un père que nous aimons profondément et qui nous manquera beaucoup. »

« Qu'il ait choisi pour cette annonce ce 11 février, fête de Notre‑Dame de Lourdes et Journée mondiale des malades, nous laisse entendre en outre qu'il comptera désormais sur notre prière pour l'accompagner dans cette nouvelle phase de sa vie. »

Le président de l’AECQ revient sur quelques faits marquants du pontificat du Pape rappelant par exemple, son enseignement sous la forme des catéchèses du mercredi et la série sur la prière.

« Et que dire de ses encycliques?, poursuit Mgr Fournier. La première, Dieu est Amour, avait étonné et touché bien des cœurs, dans l'Église et bien au-delà. De plus, ses trois livres sur Jésus ont été des succès de librairie et resteront des références pour longtemps. Dans l'avant-propos du premier tome, Jésus de Nazareth, paru en 2007, il avait présenté cette œuvre en disant : " Ce livre n'est en aucune manière un acte du magistère, mais uniquement l'expression de ma quête personnelle de "la face du Seigneur". Aussi chacun est-il libre de me contredire. Je prie simplement les lectrices et les lecteurs de me faire le crédit de la bienveillance sans lequel il n'y a pas de compréhension possible ". Ces quelques mots sont tout à fait caractéristiques de l'humilité et de la grandeur de Joseph Ratzinger. »

Enfin, le président de l’AECQ mentionne les voyages de Benoît XVI qui « nous ont laissé des images fortes et indélébiles: on pense à la prière silencieuse dans la Mosquée bleue d'Istanbul, aux côtés du Grand Mufti; aux rencontres personnelles avec des victimes d'agressions sexuelles; aux grandes célébrations en Terre sainte, à Cuba, au Mexique, au Bénin, au Liban; aux Journées mondiales de la jeunesse à Cologne, à Sydney et à Madrid; à la prière à Ground Zero à New York. Et encore… »

Quant à Mgr Richard Smith, archevêque d’Edmonton et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, il s’est prononcé au nom de la Conférences dans ces termes :

« Très Saint-Père […] comme les fidèles du Canada, nous avons appris à vous aimer et à vous admirer, et c’est avec tristesse que nous envisageons votre prochain éloignement du souverain pontificat. Par ailleurs, nous sommes pleins de gratitude envers le Seigneur pour les grâces extraordinaires que nous a values votre leadership hors du commun. C’est dans l’admiration que nous accueillons le témoignage de courage vécu et l’admirable clarté de pensée qui ont marqué vos nombreuses années de dévouement et de service comme prêtre et évêque, comme enseignant et écrivain, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et d’une manière toute particulière, comme pasteur de l’Église universelle.

Mgr Smith ajoute plus loin : « Admirables, inspirés, vos encycliques, vos homélies et vos innombrables messages nous laissent l’héritage d’un enseignement limpide, pénétré d’amour pour le Christ et son Église; cet héritage sera un guide sûr pour les chrétiennes et les chrétiens des prochaines générations. »

Mgr Smith remercie le Pape « pour la grande bonté et le soutien sans faille que vous avez toujours témoignés à l’Église du Canada et à ses évêques, qui s’efforcent d’être de fidèles ouvriers dans la vigne du Seigneur. Je voudrais en particulier vous dire combien nous avons apprécié de vous voir exprimer les regrets de l’Église pour ses erreurs passées à l’endroit de la population autochtone du Canada, et ouvrir la voie à un nouvel avenir par la canonisation de sainte Kateri Tekakwitha. »

Finalement, le président de la CECC déclare au Saint-Père que sa décision de renoncer à ses fonctions est « un acte de foi qui nous invite à notre tour à mettre notre foi et notre confiance en notre Père céleste qui conduit toutes choses, en Jésus Christ qui reste toujours avec nous et en l’Esprit Saint qui nous unit dans l’amour et dans l’espérance. »

Un Pape unique, un signe prophétique

Laissons le dernier mot à Romilda Ferrauto, rédactrice en chef de la section française de Radio-Vatican qui commente :

« Le Pape ne recule pas devant les loups. Il ne fuit pas les nombreuses crises et polémiques qui ont jalonné son pontificat : Vatileaks, le scandale des agressions sexuelles. Sa démarche, sans précédent, désoriente, certes, une large partie du peuple de Dieu ; mais quand on y regarde de plus près, elle suscite l’admiration. Car il faut du courage pour partir, il faut de l’humilité pour admettre ses limites, il faut beaucoup de finesse et de clairvoyance pour savoir ce dont l’Église a besoin, à ce moment précis de l’histoire. Benoît XVI n’est pas un impulsif qui agit sous le coup d’une émotion. C’est un homme de foi, cohérent, animé par son amour de Dieu et de l’Église. Sa décision profonde et spirituelle est sans aucun doute le fruit d’une longue réflexion, un geste qui lui ressemble.

« Dès le début de son pontificat, il avait marqué sa différence, alors qu’on le comparait à son prédécesseur Jean-Paul II dont la souffrance, largement relayée par les caméras des télévisions, avait ému le monde entier. Peu à peu, il a imprimé sa marque dans l’Église faisant preuve de fermeté et de transparence. L’intellectuel austère a tenu la barre avec détermination et n’a jamais donné l’impression de ne plus pouvoir gouverner. Ces dernières semaines, on l’avait vu faiblir, prendre de l’âge ; il apparaissait parfois très fatigué. Or Benoît XVI, estime que les temps ont changé, qu’ils sont plus exigeants. Et il sait que l’Église ne se résume pas à la personne du Pape. Certains commentateurs affirment déjà que sa démission et cette annonce publique et inédite a fait entrer l’Église dans la modernité. Un signe prophétique qui ouvre la porte à des changements. »

Sources : L'Osservatore Romano, Radio-Vatican, la CECC, l’AECQ, et les OPM au Canada francophone
Photo: L'Osservatore Romano

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